LES MANIFESTATIONS DE L'ERGATIVITE EN AMAZONIE

PROGRAMME INTERNATIONAL DE COOPERATION SCIENTIFIQUE

2001-2004

 

 

DOCUMENTS DE TRAVAIL

 

L'ergativité engage une double problématique inscrite au coeur des préoccupations actuelles sur l'étude des systèmes grammaticaux. D'une part, le noyau dur de la morphosyntaxe, la relation entre le prédicat et ses actants, semble affecter une sorte de distorsion lorsqu'il se trouve coulé dans un moule ergatif. Songeons à la traditionnelle formule : "le sujet de l'intransitif et l'objet du transitif sont traités de la même façon, le sujet du transitif est traité de façon différente". L'examen critique de cette formule soulève toute la question des relations grammaticales et des niveaux de structuration de l'actance. Mel'cuk, en la prenant au pied de la lettre, a pu montrer, dans une sorte de démonstration par l'absurde, qu'il n'y a pas d'ergativité en dyirbal. Au-delà du clivage entre positions formalistes et fonctionnalistes, l'ergativité confronte des sensibilités théoriques plutôt relativistes — les relations grammaticales sont foncièrement différentes entre patron accusatif et patron ergatif, au point que les notions de sujet et objet ne peuvent s'appliquer que de façon inadéquate au patron ergatif; "absolutif" et "ergatif" s'appliquent dès lors non seulement au niveau des cas mais aussi à celui des relations grammaticales —, et des sensibilités plutôt universalistes — les relations grammaticales sont de même nature partout, parce que cette dernière est formelle (syntaxique); seules changent 1) la projection des rôles sémantiques sur la manifestation formelle (morphologique et syntaxique) des actants; 2) la projection des cas (morphologie) sur les relations grammaticales (syntaxe); les notions de sujet et objet s'appliquent correctement partout où une asymétrie syntaxique nette apparaît entre les deux actants du transitif.

La justification d'une assiette géographique amazonienne pour le Programme réside dans l’intérêt que peut représenter, pour la compréhension de la structure actancielle des langues du monde, l’exploration du gisement contenu dans cette région du monde : les langues sont nombreuses, peu étudiées, et souvent mal étudiées. Un rapide balayage des aires où le phénomène de l'ergativité est bien attesté dans le monde montre que, en termes d'études publiées, l'Amazonie est déficitaire par rapport à des régions comme l'extrême-nord et le centre du continent américain, les Pyrénnées occidentales, le Caucase, les centre et sud-est de l'Asie, l'Australie, le Pacifique et même la Sibérie nord-orientale. L’intensification des activités de description tend à montrer que le phénomène d’ergativité  est, en Amazonie, plus répandu qu’il n’y paraisssait. L’ergativité parfois n’est pas décelée, et, quand elle l’est, l’attention porte sur son côté le plus visible, le morphologique. Or c’est surtout dans la compréhension des phénomènes d’ordre syntaxique que l’ergativité amazonienne est à même de faire une contribution intéressante à la typologie de l’actance. Nous ne saurions nous passer, dans la mise en place de modèles interprétatifs prétendant rendre compte de la facette morphosyntaxique du langage, des faits que les langues de cette région relativement inconnue sont à même de nous donner à voir.

Grâce à l'association avec l'Institut de recherche pour le développement (IRD), le CELIA a pu ouvrir un front de coopération dans le pays qui abrite la majorité de ces langues. Les documents soumis ici à la communauté des lecteurs reflètent la production du Programme international de coopération scientifique Ergativité en Amazonie (CNRS et Université de Brasilia [UnB] au travers de son Laboratoire des langues indigènes [LALI]), qui s'est déroulé pendant la période 2001-2004. Ils sont disponibles sous forme papier (trois volumes de documents de travail) sur demande adressée à F. Queixalós, qxls@vjf.cnrs.fr. Certaines contributions ont été depuis publiées dans les revues scientifiques. On en trouvera ci-après la référence et, le cas échéant, l'adresse Internet où la publication est consultable. Un souci permanent du Programme a été de porter le regard sur d'autres régions que l'Amazonie, car des rapprochements inattendus peuvent parfois féconder la démarche typologique. Pour ce faire, des spécialistes d'autres aires géographiques ont parfois été appelés à rejoindre les discussions, ce dont on trouvera les traces dans les textes qui suivent. Par ailleurs, un des documents proposés contient un relevé bibliographique des publications sur les phénomènes d'ergativité dans les langues de tout le continent américain. Concernant l'Amazonie, ont été recensées vingt langues : caxinaua, shipibo-konibo, wariapano, yaminawa, marubo, matsés, kari'ña, pemóng, panare, kapóng, macushi, bakairí, kuikuro, makurap, mebêngôkre, màdija, ese eja, katukina-kanamari, yanomami, trumaï. On constate 1) une extrême hétérogénéité des cadres théoriques et terminologiques; 2) un manque de rigueur ou l'absence d'explicitation dans le maniement des notions afférentes aux relations grammaticales ("sujet", "objet"); 3) une relative ignorance de la syntaxe au profit de la morphologie. Concernant le nord du continent, ont été passées en revue douze langues : quiche, acatèque, chol, chontal, chorti, itza, mam, coast tsimshian, nass-gitksan, shuswap, st'at'imcets, inuktitut. On observe une tendance à marquer les fonctions actancielles sur le prédicat (affixes, clitiques) plutôt que sur les syntagmes nominaux. Cet aspect est très clair dans les langues maya. Les langues recensées présentent des scissions fondées sur l’aspect (perfectif/imperfectif) et sur le type de proposition (principale/subordonnée). Les alignements de comportement syntaxique suivent en certaines langues le patron accusatif (acatèque), et en d’autres le patron ergatif (mam). Dans d’autres langues encore l’alignement syntaxique est scindé (coast tsimshian). Les changements de voix sont motivés syntaxiquement (haussement de l’agent pour l’accès à certaines opérations) et sémantiquement. L’observation des faits maya fait ressortir, par constraste, le constat que dans les descriptions de langues amazoniennes il est très rarement fait mention d’une voix passive. Or le passif est possible dans un cadre ergatif, particulièrement si la syntaxe présente de fortes caractéristiques accusatives. Dans ce relevé (cf. Monrós), le contenu descriptif lui-même est consigné dans des fiches normalisées et assemblées.

Le Programme a compté douze membres, travaillant dans les pays suivants : France, Brésil, Etats-Unis, Australie, Pays-Bas, Espagne.

· Ana Suelly Arruda Câmara Cabral, docteur de l'Université de Pittsburgh, chercheur au LALI, enseignante au Département de Linguistique de l'UnB, travaillant sur la famille tupi;

· Eliane Camargo, docteur de l'Université de Paris VII, chercheur au CELIA et dans le Groupe d'Histoire Indigène et de l'Indigénisme de l'Université de São Paulo, travaillant sur les langues caxinaua de la famille pano et wayana de la famille caribe;

· Luciana Dourado, docteur de l'Université de Campinas (Brésil), chercheur au LALI, enseignante au Département de Linguistique de l'UnB, travaillant sur la langue panara de la famille jê;

· David Fleck, docteur de l'Université Rice (Texas), post-doctorant au Centre de Typologie de La Trobe, Melbourne, travaillant sur la langue matsés de la famille pano;

· Bruna Franchetto, docteur de l'Université Fédérale de Rio de Janeiro, chercheur au Musée National de Rio de Janeiro, travaillant sur la langue kuikuro de la famille caribe;

· Spike Gildea, docteur de l'Université d'Orégon, directeur du Département de Linguistique de cette Université, travaillant sur la famille caribe et sur la langue akawaio de la même famille.

· Raquel Guirardello-Damian, docteur de l'Université Rice (Texas), post-doctorant à l'Institut Max Plack de Nimègue, travaillant sur la langue trumaï, isolée.

· Jon Landaburu, docteur de l'Université de Paris IV, chercheur CNRS, directeur du CELIA, travaillant sur la langue andoke, isolée, et sur les langues de Colombie;

· Eva Monrós, doctorante au Département de Linguistique de l'Université de Barcelone, travaillant sur la typologie de l'ergativité;

· Francesc Queixalós, coordonnateur français et responsable du PICS, docteur de l'Université de Paris IV, détaché par le CNRS à l'IRD, chercheur au CELIA, affecté au LALI, enseignant au Département de Linguistique de l'UnB, travaillant sur la langue katukina-kanamari de la famille katukina;

· Aryon Rodrigues, coordonnateur brésilien, docteur de l'Université de Hambourg, directeur du LALI de l'UnB, enseignant au Département de Linguistique de l'UnB, travaillant sur la famille macro-jê et sur la langue kiriri de la même famille;

· Pilar Valenzuela, docteur de l'Université d'Oregon, enseignante à l'Université Chapman (Californie), travaillant sur la famille pano et sur la langue shipibo de la même famille.

D'autres spécialistes ont renforcé l'équipe en fonction des circonstances et des thématiques, tels que Claire Moyse (CNRS), Scott DeLancey (Université d'Orégon), Antoine Guillaume (Laboratoire Dynamique du langage du CNRS), Marc Antoine Mahieu (Université de Paris 7), Sergio Meira (Université de Leyde), Henri Ramirez (Université de l'Etat Amazonas), Tânia de Souza (Université Fédérale de Rio de Janeiro) et Nicole Tersis (CELIA).

Le PICS Ergativité en Amazonie a été financé par la Direction aux relations internationales du CNRS, avec une participation du CELIA sur crédits IRD, et une aide de l’Ambassade de France au Brésil. L’Université de Brasilia a mis a disposition du Programme l'infrastructure des réunions annuelles.

Francesc Queixalós

 

 


 

 

ERGATIVIDADE NA AMAZÔNIA: I

 

Pilar Valenzuela, Ergatividad en Shipibo-Konibo

Eliane Camargo, Manifestações da ergatividade em caxinauá (pano)

David W. Fleck, Ergatividade na Língua Matsés (Família Pano)

Luciana Dourado, Ergatividade em Panará

Aryon D. Rodrigues, Ergativité linguistique dans le nord-est brésilien : la famille Karirí

Ana Suelly Arruda Câmara Cabral, Natureza e direções das mudanças de alinhamento ocorridas no tronco Tupí

Bruna Franchetto, Kuikuro: uma língua ergativa no ramo meridional da família Karib (Alto Xingu)

Spike Gildea, Ergativity in the northern Cariban Languages

Raquel Guirardello-Damian, Caso e Relações Gramaticais em Trumai

Francesc Queixalós, Ergatividade em Katukína-Kanamari

Eva Monrós Marín, Memòria de les aportacions fetes a la 1a reunió del projecte "Ergatividade na Amazônia".

 

 


 

ERGATIVIDADE NA AMAZÔNIA: II

 

Spike Gildea, Are there universal cognitive motivations for ergativity?

Claire Moyse-Faurie, The ergative features of Papuan and Austronesian languages

Eva Monrós Marín, Comparació de l'ergativitat en llengües amazòniques, llengües maies i llengües d'Amèrica del Nord

Aryon Dall’Igna Rodrigues & Ana Suelly Arruda Câmara Cabral, Sobre o desenvolvimento de padrões absolutivos em famílias orientais do tronco Tupí

Eliane Camargo, Classes verbais e semântica dos argumentos em um sistema sintático cindido: o exemplo do Wayana (Caribe)

Bruna Franchetto & Mara Santos, Natureza dos argumentos e mudança de valência a partir de uma classificação (semântica) dos “verbos” Kuikuro

Sérgio Meira, A marcação de pessoa nos verbos em Bakairí (Karíb)

Luciana Dourado, Ergatividade e transitividade em Panará

David W. Fleck, Antipassive in Matses

Raquel Guirardello-Damian, Classes Verbais e Mudanças de Valência em Trumai

Henri Ramirez, Ergatividade em Yanomami

Francesc Queixalós, A ergatividade Katukína-Kanamari frente às mudanças de valência

 

 

 


 

ERGATIVIDADE NA AMAZÔNIA: III

 

Scott DeLancey, The Blue Bird of Ergativity

Gilles Authier, Split Ergativity on Kryz pronouns

Marc-Antoine Mahieu, L’ergativité en nunavimmiutitut

Nicole Tersis, De l’ergatif à l’accusatif : le tunumiisut (Groenland oriental)

David Fleck, Coreferential Fourth-Person Pronouns in Matses

Pilar Valenzuela, Syntactic Distributions and Co-referentiality in Shipibo-Konibo

Antoine Guillaume, Revisiting ‘split ergativity’ in Cavineña

Luciana Dourado, Co-reference in Panara

Bruna Franchetto, Coreferentiality in Kuikuro (Southern Carib, Brazil)

Raquel Guirardello, Coreference in Trumai

Francesc Queixalós, Split Transitivity and Coreference in Katukina-Kanamari

Eva Monrós, L'ergativitat a Amèrica. Fitxes bibliogràfiques