Amerindia n°24, 1999
Une solution moyenne en arawak[1]
quelques réflexions
Marie-France PATTE,
CELIA-CNRS
avec la collaboration de
Léonida biswana, Daniel biswana et Cyril sabayo
de Balaté
Ursula visser biswana, Octave biswana de Sainte-Rose de Lima
Cette présentation a pour but de délimiter le champ sémantique et d'étudier la distribution de la marque o(no)a.
La catégorie correspondante signale une activité qui affecte le participant, elle présente une variété d'emplois qui ne sont certes pas inconnus d'autres langues ; selon les cas, elle est proche de la voix moyenne, ou du "réfléchi". La constante semble bien cette activité en boucle qui affecte le participant, souvent relevée comme caractéristique du moyen.
On aimerait trouver la variable qui permettrait d'ordonner les faits. Beaucoup de ceux qui sont illustrés ci-dessous ont été répertoriés par S. Kemmer dans ses études sur le moyen, mais nous nous proposons ici d'établir un classement qui nous semble propre à dégager les caractéristiques du participant - autonomie, intentionalité - et celles du procès - nature de l'événement - qui devraient permettre de mieux cerner cette catégorie telle qu'elle se manifeste en arawak.
Nous montrerons enfin comment cette même marque s'associe aux noms et aux relateurs. A travers l'analyse de quelques exemples, nous pourrons notamment observer qu'elle se signale par une co-occurrence non seulement avec le sujet mais également avec un participant qui peut se définir comme bénéficiaire.
Nous n'analyserons pas ici les variations liées aux distinctions entre deux formes verbales réfléchies qui se matérialisent à la forme citative, par une alternance -onoa ~ -oa. Les distinctions entre ces deux classes dépassent le cadre de ce travail et feront l'objet d'une étude ultérieure. En revanche, nous indiquerons en note à chaque fois que cela est possible, les verbes déponents.
La présentation ci-dessous vise à expliquer le système graphique et à représenter dans ses grands traits la réalisation phonétique.
A) consonnes
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p |
t |
th |
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k |
kh |
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b |
d |
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f |
s |
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h |
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l r rh |
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w |
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j |
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Remarques :
1° th et kh sont deux segments consonantiques aspirés prononcés respectivement [th] et [kh]. Exemples reitho [reitho] 'épouse', khabo [khabo] 'main'.
Les segments consonantiques suivants se palatalisent :
a) les apicales t, th, d et s au contact de /i/ ;
b) les vélaires k et kh au contact de /i/ et de /e/.
Exemples :
binti [bintji] 'colibri'
mothia [motSa] 'demain'
diaro [d∆aro] 'environ'
siba [Siba] 'pierre'
ikihi [ikjihi] 'feu'
bikidoliathi [bikjidoliatSi] 'jeune homme'
keeke [kjeekje] 'panier'
halekhebe [halekhjebe] 'joie'
3° f est une bilabiale [F]. Exemple jafo [jaFo] 'coton'
4° n, seule unité consonantique qui puisse fermer une syllabe, se réalise par la nasalisation du segment vocalique contigu et par un bref segment consonantique vélaire [N].
5° rh [»] est un son intermédiaire entre [d] et [l], un battement voisé, alvéolaire et latéral.
exemple : marhikoton [ma»ikotõN] 'enseigner'
B) voyelles
i u
e o
a
A ce système à cinq éléments, il faut ajouter la longueur. Tous ces segments peuvent être redoublés dans la même syllabe.
Remarques :
1° u transcrit une voyelle non basse, non antérieure et non arrondie [I].
2° Le système vocalique montre une tendance à l'assimilation vocalique, qu'il s'agisse d'harmonie vocalique à distance, ou de fusion de deux segments contigus.
Ainsi le segment /o/ assimile le trait |+haut | de /i/ dans la syllabe suivante et se réalise [u]. Exemple ori ('serpent') se prononce [uri].
Lorsque la voyelle finale d'une racine se trouve par concaténation morphémique en contact avec une voyelle de timbre identique, il y a fusion et ces deux segments sous-jacents se réalisent comme une seule unité. Exemple : |bu+khabo+oa| -> bukhaboa ('tes propres mains').
D'autre part, on constate que les voyelles non basses des morphèmes grammaticaux sont soumises à des variations. En effet, le trait |bas| permet de différencier /a/ de tous les autres segments vocaliques, qui eux, sont soumis à une variation de timbre par assimilation d'un ou de plusieurs des traits qui définissent le segment vocalique de la syllabe contiguë appartenant à la racine.
Ainsi les indices personnels qui montrent dans leur forme canonique une voyelle finale u subissent fréquemment une modification du timbre de cette voyelle, de sorte que sa réalisation montre soit a) une assimilation de l'ensemble des traits et par conséquent, une copie du timbre de la voyelle de la syllabe contiguë, soit b) une assimilation partielle.
a) copie :
|bu+| ip2 |bu + besoa| ® bebesoa 'transforme-toi'
|thu+| ip3nm |thu +
boka| ® thoboka 'elle
cuisine'
|lu+| ip3m |lu + simaka| ® lisimaka 'il appelle'
b) assimilation partielle :
Le segment /u/ assimile le trait |non haut| de /a/ de la syllabe contiguë et garde le trait |non antérieur| qui les définit l'un et l'autre :
|lu+| ip3m |lu + marita| ® lomarita 'il
fabrique'
Le segment /u/ de l'indice personnel assimile le trait |antérieur| du groupe vocalique avec lequel il est en contact par concaténation avec le lexème :
|lu+| ip3m |lu + eima+t+oa| ® liimatoa 'il se
met en colère'
Nous tenons compte de ces variations et faisons figurer dans le découpage morphologique le segment vocalique de l'indice personnel tel qu'il se réalise.
1. Quelques exemples
Les bases verbales qui se
combinent à o(no)a peuvent pour la plupart être rattachées à une
racine qui permet de dériver aussi une base simple.
1.1. A jakhatonoan 'se
cacher' correspond la forme non réfléchie jakhatun ('cacher'
quelque chose de précis).
Alors que jakhatun implique un objet externe, au contraire jakhatonoan indique que le rôle du patient est assigné à l'actant marqué grammaticalement comme l'agent, li (pronom personnel 3° masculin) en (1), thu- (indice personnel 3° nonmasculin) en (2).
1 Li jakhatoa
tha taawesabo diaro ki eredan tha da no hama thaniha.
//li/ /jakhat-oa/ /tha/ /taha-we-sabo/ /diaro/ /ki/
//pp3m/ /cacher-réfl/ /méd/ /loin-très-plus/ /environ/ /anaphprox/
/ereda-n/ /tha/ /da/ /no/ /hama/ /th-ani-ha//
/Épier-loc/ /méd/ /pm/ /3nm/ /inter/ /ip3nm-faire-prosp//
'Lui se cacha (dit-on) un peu plus loin guettant ce qu'elle allait faire.'
2 […] thujakhatoa tha loja.
//thu-jakhat-oa/ /tha/ /l-oja//
//ip3nm-cacher-réfl/ /méd/ /ip3m-abl//
'[…] elle se cacha (dit-on) hors de sa vue.'
On peut comparer avec la phrase suivante où est illustrée la forme non réfléchie thujakhatun :
3 ludukha thujakhatun na ibilinon
//lu-dukh-a/ /thu-jakhatu-n/ /na/ /ibili-non//
//ip3nm-regarder-ac/ /ip3nm-cacher-loc/ /déicpl/ /petit-nompl//
'il la regarde cacher les petits'
1.2. De même isadun
'préparer'[2]
suppose un objet externe. La forme réfléchie correspondante isadonoan 'se préparer' implique que l'agent est aussi
affecté en tant que patient :
4 na isadoa motheboan [...]
//na/ /isad-oa/ /motheboan/
/ip3pl/ /prÉparer-réfl/ /surlendemain/
'Ils se préparèrent le
surlendemain [...]'
On peut comparer l'exemple précédent avec celui-ci :
5 [Thudikita to khali.] Thisada no.
[thu-dikit-a/ /to/ /khali] //th-isad-a/ /no//
//ip3nm-envelopper-ac//déictnm/ /cassave/ /ip3nm-prÉparer-ac/ /3nm//
'[Elle enveloppa le pain
de cassave.] Elle le prépara.'
1.3. Lorsque la racine verbale exprime un processus donnant lieu à un changement pour lequel on peut ou non préciser une source externe, certaines langues comme le français indiquent la mention de cet agent externe ('le vent casse la branche') ou représentent le processus comme un procès actif, mais sans objet ('la branche casse'). En arawak, cette relation sera exprimée par une forme verbale en o(no)a.
Les exemples suivants illustrent ce cas avec la racine verbale bitin ; bitonoan 'brûler'.
6 To ikikhodo bitoa
//to/ /ikikhodo/ /bitv-oa//
//déictnm/ /bois de chauffage/ /brÛler-réfl//
'Le bois de chauffage brûle.'
7 kia doma tha thuburheida tora dikitaha budali abonro da thibitonoanbia.
//kia/ /doma/ /tha/ /thu-burheid-a/ /to-ra/ /dikita-ha/
//anaphnprox/ /"raison"/ /méd/ /ip3nm-jeter-ac/ /déict-nprox/ /envelopper-abs/
/budali/
/abo-nro/ /da/ /thi-bit-onoa-n-bia//
/plat de cuisson/ /sous-mvmt/ /pm/ /IP3nm-brÛler-réfl-loc-fin//
'C'est pourquoi (dit-on) elle jeta ce paquet sous la
plaque de cuisson certes, afin qu'il prenne feu ('se consume').'
On comparera les deux exemples précédents avec l'énoncé suivant qui illustre la forme non-réfléchie correspondante lubita :
8 Lubita kabuja.
//lu-bit-a/ /kabuja//
//ip3m-brÛler-ac/ /abattis//
'Il brûle un abattis.'
On aurait de même to ada karhudoa 'la branche casse' (karhudonoan, et karhudun 'briser', 'fracturer', 'casser en deux' dakarhuda to ada 'j'ai cassé la branche') ; to kojarha famudoa 'le canoë verse' (famudonoan, et famudun 'verser', 'renverser' dafamuda dathanke 'j'ai renversé mon verre').
Si l'on compare les exemples ci-dessus, ainsi que (6) et (7) avec les antérieurs, on s'aperçoit qu'ils ont certains traits en commun : le "dynamisme" (une activité qui donne lieu à un changement), et l'exclusion d'un objet externe. Ce qui nous semble constituer la différence fondamentale, c'est le rôle du participant en tant qu'agent. L'agentivité est réduite à l'extrême en (6) et (7) - les propriétés caractéristiques de l'agent : intentionalité, autonomie étant ici exclues. Il ne reste plus que le changement dans le temps, qui permet de définir un processus, le passage d'une première situation à une seconde, à partir d'un événement dont le participant unique est totalement affecté, alors qu'on ne tient pas compte d'une cause externe - un participant qui pourrait en être la source n'est pas envisagé.
C'est donc l'agentivité qui est en question. En effet, il y a toujours un procès dynamique en ce qu'il y a changement (on passe bien d'une situation 1 à une situation 2) ; la transitivité est certes restreinte par rapport à une situation bi-actancielle prototypique mais non nulle, puisque précisément, il s'agit d'un procès dynamique. Les propriétés attachées à cette catégorie découlent de ces caractéristiques. En revanche, la variable semble bien être le degré de participation de l'actant - doublement intéressé comme agent et patient. Celle-ci résulte de divers facteurs, dont le sémantisme de la racine verbale.
Avec la catégorie verbale ici considérée et marquée par o(no)a, on observe des situations très différentes de ce point de vue. Ainsi dans certains cas, le participant se prend lui-même pour cible ('cacher' jakhatun ; '"se" cacher' jakhatonoan ; 'préparer' isadun ; '"se" préparer' isadonoan) ; dans d'autres, l'agi est présenté comme le participant unique dans la mesure où est effacée une source externe ('brûler' bitin et bitonoan ; 'casser' karhudun et karhudonoan ; 'verser' famudun et famudonoan).
Il est cependant parfois difficile de distinguer les deux fonctions qui affectent une entité au double titre d'agent et de patient. Si certains cas, aux extrémités de l'axe, montrent assez clairement le poids relatif des deux rôles dévolus au même référent, il peut parfois résulter artificiel de chercher à les séparer.
Les racines verbales exprimant un mouvement - au sens concret du terme ou bien dans une acception plus abstraite : mouvement de retour sur soi - sont aptes à transmettre la représentation d'une activité n'intéressant que l'entité engagée dans cette activité. C'est pourquoi de nombreuses langues partagent avec l'arawak l'usage que nous allons ici illustrer par quelques exemples. Ajoutons pourtant que si l'examen des racines verbales compatibles avec cette catégorie révèle des correspondances avec d'autres langues - correspondances qui ne sont certainement pas fortuites - les réalisations dans une langue donnée sont largement idiosyncrasiques.
Quoiqu'il en soit, la classe des verbes qui dénotent un mouvement est bien représentée en arawak.
Nous allons ici illustrer quelques racines verbales impliquant un mouvement dans l'espace. Certaines d'entre elles ont apparemment une distribution lacunaire : on ne connaît pas de forme non réfléchie à masonoan 'sombrer', 's'enfoncer' ni à kojonoan 'rentrer chez soi', 'faire demi tour'.
masonoan 'sombrer', 's'abîmer', 's'enfoncer (dans l'eau)'
9 maothi maothia thomasoa to koriara.
//maothi/ /maothia/ /tho-mas-oa/ /to/ /koriara//
//jour suivant/ /matin/ /ip3nm-sombrer-réfl/ /déictnm/
/bateau//
'Le lendemain matin il sombra, le bateau.'
tobadonoan
's'immerger' (tobadun 'plonger', 'immerger')
10 thukasaronan tobadoa thoja.
//thu-kasarona-n/ /tobad-oa/ /th-oja//
//ip3nm-pelle-loc/ /immerger-réfl/ /ip3nm-abl//
'Sa pelle s'immergea hors de sa portée.'
kojonoan 'rentrer chez soi, faire demi tour'
11 Tora
abo da lokojoa bahunro.
//to-ra/ /abo/ /da/ /lo-koj-oa/ /bahu-nro//
//déictnm-nprox/
/instr/ /pm/ /ip3m-rentrer-réfl/ /maison-mvmt//
'Avec cela certes, il s'en retourna à la maison.'
12 ken tha lokojonoan lojokhan.
//ken/ /tha/ /lo-koj-onoa-n/ /lo-jokha-n//
//et/ /méd/ /ip3m-rentrer-réfl-loc/ /ip3m-chasser-loc//
'Puis (dit-on) il retourna à sa chasse.'
En réalité, une analyse sémique précise peut expliquer en quoi les racines verbales illustrées ci-dessus indiquent des mouvements prototypiques, propres à se combiner au réfléchi : 'sombrer' ('s'engloutir dans l'eau') et 'plonger' ('s'immerger') transmettent la notion d'un mouvement représenté comme produit par sa propre dynamique.
D'autre part, le mouvement en boucle qui consiste à revenir sur ses pas est aussi fréquemment traduit dans les langues par une forme réfléchie (français "s'" en retourner, espagnol volver"se") ; cette convergence est due, semble-t-il, au fait que le mouvement prend comme point de repère celui-là même qui le crée.
Il semble que les notions regroupées ci-dessous partagent un trait commun : un mouvement de retour sur soi, une activité introvertie. Les trois bases verbales illustrées ci-dessous montrent par la morphologie qu'elles sont une forme alterne, la même racine ayant produit une forme non réfléchie qui continue à être productive. Les deux premiers exemples (kiadonoan 's'arrêter', 'se refuser (à qqch)' ; marhikhotonoan 'étudier', 'apprendre') correspondent dans la typologie de S. Kemmer à ce qu'elle appelle "cognition middle" ; le troisième (besonoan 'se transformer') à sa rubrique "change of shape".
kiadonoan
's'arrêter', 'se refuser (à qqch)' (kiadun 'retenir', 'entraver',
'empêcher', 'faire obstacle'). Il est intéressant de remarquer que la forme non
réfléchie s'applique plus facilement à des emplois concrets.
13 Likiadoa tha sikin thudunawa thomun.
//li-kiad-oa/ /tha/ /siki-n/ /thu-duna-oa/ /tho-mun//
//ip3m-refuser-réfl/ /méd/ /placer-loc/ /ip3nm-aile-réfl/[3] /ip3nm-dat//
'Il se refusa (dit-on) à lui donner ses ailes.'
marhikhotonoan 'étudier',
'apprendre' (marhikhoton 'enseigner')
14 […] namarhikhotoabo
kakuhu khonan
//na-marhikhot-oa-bo/ /kaku-hu/ /khona-n//
//ip3pl-enseigner[4]-réfl-insp/ /vivre-abs/ /applic-loc//
'[…] ils
apprennent au sujet de la vie' (lit. 'ils s'enseignent à eux-mêmes')
besonoan 'se transformer' (beson est attesté mais la forme dérivée, où l'on reconnaît le factitif kvtv, est plus fréquente besokoton 'faire prendre forme', transformer', voir ci-dessous, exemple 16).
15 "Bebesoa khan baaren hiarobia
!"
//be-bes-oa/ /khan/ /baaren/ /hiaro-bia//
//ip2-transformer-réfl/ /dim/[5] /soudain/ /femme-fin//
'“Transforme-toi tout de suite en femme.”'
16 Atorodokoton ada kalokotho oloko kia tha
da thutaka thusibo ebesokoton siberobia da.
//a-torodo-koto-n/ /ada/ /ka-loko-tho/ /o-loko/
//coréf-se=coucher-fact-loc/ /arbre/ /dot-dans-nomnm/ /coréf-dans/
/kia/ /tha/
/da/ /thu-tak-a/ /thu-sibo/
/"alors[6]"/ /méd/ /pm/ /ip3nm-cacher-ac/ /ip3nm-visage/
/e-beso-koto-n/ /sibero-bia/ /da//
/coréf-transformer-fact-loc/ /grenouille-fin/ /pm//
'Se
couchant dans le creux d'un arbre, alors elle cacha son visage prenant la forme
d'une grenouille.'
Tant pour les racines verbales dont l'analyse implique un mouvement dans l'espace que pour celles qui suggèrent un mouvement plus abstrait, il conviendrait d'affiner la classification et il faudrait offrir davantage d'exemples.
Ainsi pour les premières, nous
mentionnerons les bases verbales représentant des positions corporelles :
'se lever' kunukunoan ; 's'agenouiller' korobasitonoan ;
'se coucher en rond' karebetonoan ; 's'accroupir' doradonoan ;
s'asseoir sur ses talons' bololotonoan ; 'fléchir',
's'affaisser' joladonoan ; 'se courber' ododonoan…
D'autre part, parmi les racines verbales qui impliquent un déplacement citons 'entrer', 's'introduire' kodonoan (kodon 'faire entrer' et aussi 'tresser') ; monter (littéralement 'se rendre en haut' ajumun 'en haut') ajumuntonoan ; descendre (littéralement 'se rendre en bas' onabon 'en bas') onabontonoan ; s'approcher ('se rendre proche' amun 'près de') amuntonoan ; s'éloigner (taha 'loin') tahatonoan…
En ce qui concerne les racines verbales que nous avons classées comme transmettant un mouvement notionnel, nous voudrions également inclure celles qui permettent l'expression d'une manifestation plus ou moins volontaire d'un état interne. Ainsi buthadonoan 's'évanouir' (buthadun 'frapper quelqu'un et lui faire perdre connaissance') ; erodoan[7] 'bailler' ; khojabonoan 'prier', 'supplier' (khojabun 'demander') ; berosonoan[8] 'gémir', 'pleurnicher' ; kanukutonoan 'se manifester par du bruit' (kanukutan 'faire du bruit') ; ojuedoan[9] 'paresser' ('être paresseux' (h)ojuen, racine stative) ; jumujumudonoan 'se lamenter'.
2.3. Valeur aspectuelle de la combinaison du redoublement de la racine verbale avec onoa
Certaines racines verbales redoublées, produisent une base verbale aspectuellement marquée comme durative. Il semble que ce soit le cas de jumujumudonoan ('se lamenter'), cité ci-dessus. L'exemple suivant illustre ce phénomène à deux reprises :
17 wajajadoaba ken wadiadiadoafa !
//wa-ja+jad-oa-ba/ /ken/ /wa-dia+dia+d-oa-fa//
//ip1pl-se=promener-réfl-cfg/ /et/ /ip1pl-bavarder-réfl-prosp//
'Allons nous promener
et nous bavarderons !'
Les formes verbales jajadun (< jadun 'marcher', 'voyager', 'se déplacer') et diadiadan (< dian 'parler') sont attestées. La combinaison de ces bases verbales et du réfléchi est isosémique, et met en réalité l'accent sur le mouvement interne en harmonie avec des activités présentées comme duratives et qui concernent les seules entités engagées dans le processus.
2.4. Repère dans une chronologie
Un cas différent est celui qui constitue un repère dans une suite ordonnée d'événements.
2.4.1. iibin > iibonoan 'laisser
qqch' (terminé ou non), 'abandonner' > 'finir, en avoir terminé, s'arrêter'
18 deiboa nekhebon, dakojoha dasikoan.
//da-iib-oa/ /nekhebo-n/ /da-kojo+oa-ha/ /da-sikoa-n//
//ip1-laisser-réfl/ /travailler-loc/ /ip1-s'en=retourner-prosp/ /ip1-maison-loc//
'J'ai fini de travailler, je vais m'en retourner à la
maison.'
On peut comparer
avec l'exemple suivant où liiba doit être rattaché à la forme
verbale non réfléchie iibin.
19 liiba da no, losa lokojoa.
//l-iib-a/ /da/ /no/ /l-os-a/ /lo-kojo+oa//
//ip3m-laisser-ac/ /pm/ /3nm/ /ip3m-partir-ac/ /ip3m-retourner+réfl//
'Il le laissa, partit et s'en retourna.'
2.4.2. atunoa 'd'abord', 'en premier'
Bien que l'on ne puisse reconstruire la forme de base, atunoa semble conforme aux faits présentés ici.
20 lokoriaran atunoakoro tha finthika abo lomarita.
//lo-koriara-n/ /atunoa-koro/
/tha/ /finthika/ /abo/ /lo-marit-a//
//ip3m-bateau-loc//commencer-nom2/ /méd/ /cire/ /instr/ /ip3m-fabriquer-ac//
'son bateau, le premier (dit-on) il le fabriqua avec
de la cire.'
2.4.3. Les exemples qui suivent montreront qu'il en va de même lorsqu'il s'agit d'établir un classement ordinal dans une numération :
21 tora
to da thibianthedonoan kisida li Hariwanli balika loroa.
//to-ra/ /to/
/da/ /thi-bian-the-d-onoa-n/ /kisida/
//déictnm-nprox/
/déictnm/ /pm/ /ip3nm-deux-cpt-cau-réfl-loc/ /essai/
/li/ /Hariwanli/ /bali-ka/ /l-or-oa//
/déictm/ /H./ /passer-rétr/ /ip3m-abl-réfl//
'Celle-là certes se fit la seconde épreuve que le Hariwanli surmonta."
En (21), thi- (ip3nm) renvoie à tora to ('cela', neutre) et il y a lieu d'analyser thi-bian-the-d-onoa "cela se fait deux" (la fonction adverbiale étant marquée par -n localisateur) et de même thukabunthedonoan ci-dessous "cela se fait trois". Dans cette perspective, o(no)a ne serait qu'une réalisation possible de la formation ordinale ('cela fait trois' ~ 'cela se fait trois') comme le montrent les deux exemples suivants :
22 thukabunthedonoan ki thei da, lanika mikodon to hajo
waromori [...]
//thu-kabun-the-d-onoa-n/ /ki/ /the-i/ /da/
//ip3nm-trois-cpt-cau-réfl-loc/ /anaphprox/ /cpt-foc?/[10] /pm/
/l-ani-ka/ /mikodo-n/ /to/ /hajo/ /waromori//
/ip3m-faire-rétr/
/envoyer-loc/ /déictnm/ /fourmi/ /waromori//
'Donc, pour la troisième fois (lit. "se" faisant
donc la troisième fois), il fit envoyer les fourmis waromori.'
Le réfléchi dans ce type de construction n'est pas une contrainte absolue, puisque l'on trouve dans le corpus des exemples comme (23), où thukabuntheha est une forme non réfléchie :
23 Thukabuntheha ki da ba.
//thu-kabun-the-ha/ /ki/ /da/
/ba//
//ip3nm-trois-cpt-prosp/
/anaphprox/ /pm/ /cfg//
'Il y aura encore
"sa" troisième fois.' ('cela fera sa troisième' par comparaison avec
les formes précédentes cela "se" fera sa troisième, seconde…)
Plus généralement, une période
correspondant à un cycle naturel, une succession imposée par la chronologie ou
une évolution dictée par des phénomènes atmosphériques est parfois signalée par
cette marque. Ainsi, bakulama 'après-midi' permet de former bakulamadonoan
'se faire tard' ;
orhi(-ka) 'soir' et orhiroko 'sombre'
produit par dérivation orhirokotonoan 's'obscurcir', 'se faire
sombre'. A leur tour, ces formes sont aptes à recevoir une valeur sémantique
supplémentaire - le participatif - proche de ce qui dans d'autres
langues serait rendue par un datif d'intérêt. C'est ce que l'on constate dans
l'exemple suivant où nabakulamadoa ('ils se sont attardés' ~ 'il
s'est fait tard pour eux') montre bien cette valeur de
"participatif" :
24 Nabakulamadoa nadonka damun
//na-bakulama-d-oa/ /na-donk-a/ /da-aamun//
//ip3pl-soir-cau-réfl/ /ip3pl-dormir-ac/ /ip1-"chez"//
'Ils s'attardèrent
('il se fit tard pour eux') [et] ils dormirent chez moi.'
Cette catégorie présente donc une variété étendue d'emplois et l'analyse de sa distribution montre qu'elle s'applique à des bases verbales qui sont ou non le produit d'une dérivation. En § 3.1.1 seront présentés d'autres exemples de formes réfléchies à partir d'une racine nominale verbalisée (par le causatif t/d) et en § 3.1.2 des formes dérivées de racines statives. En outre, le morphème -oa se combine aux noms et aux relateurs (§ 3.2). On verra qu'il n'est pas l'exclusivité d'un item en co-référence avec l'agent. Il ne permet donc pas d'identifier cet actant, et semble plutôt avoir là encore pour fonction de clore la relation sur elle-même.
3.1. Le verbalisateur morphème 'causatif' t/d permet avec un nom ou une racine stative, de construire en combinaison avec le réfléchi un procès à orientation endocentrique.
3.1.1 nom + t/d +onoa-n
Avec un nom, la concrétisation (objet façonné ou réalisation) est conçue comme destinée au sujet.
Le schéma en boucle qui caractérise cette catégorie est propre à attirer les valeurs modales qui présentent le participant comme bénéficiaire (ou détrimentaire). Le participant au procès façonne ou réalise quelque chose et se constitue ce faisant son propre destinataire.
3.1.1.1. jeni 'mélodie' > jentonoan ~ jentoan 'chanter'
25 liiboa jentoan
//l-iib-oa/ /jen(i)-t-oa-n//
//ip3m-laisser-réfl/ /chanter-réfl-loc//
'Il finit de chanter.'
3.1.1.2. khali 'cassave' > khaletonoan[11] '"se" cuire "sa" cassave'
26 "hukhaletoali; waosali thoria."
//hu-khali>e-t-oa-li/ /wa-os-a-li/ /th-oria//
//ip2pl-cassave-dép-cau-réfl-mod/ /ip1pl-partir-ac-mod/ /ip3nm-abl//
'"Vous devez "vous" cuire
"votre" cassave ; nous devons fuir loin d'elle."'
27 nakhaletoaka -hm, hamairon !
//na-khali>e-t-oa-ka/ /hm/ /hama-i-ron//
//ip3pl-cassave-dép-cau-réfl-rétr/ /hm!/ /quoi-foc?-restr//
'Ils "se" cuirent
"leur" cassave, "hm!", tout !'
28 hukhaletoabo," thaa tha to hebetho.
//hu-khali>e-t-oa-bo/ /th-aa/ /tha/ /to/ /hebe-tho//
//ip2pl-cassave-dép-cau-réfl-insp/ /ip3nm-dire/
/méd/ /déictnm/ /vieux-nm//
'Vous êtes en train de "vous"
cuire "votre" cassave, dit la vieille femme.'
3.1.1.3. boto[12] 'bateau' > botontonoan 'se construire un bateau'
29 [...] tanoho kasakabo lobotontoaka tha li bikidoliathi
//tanoho/ /kasakabo/ /lo-boto-n-t-oa-ka/
/tha/ /li/ /bikidolia-thi//
//même jour/
/jour/ /ip3m-bateau-loc-cau-réfl-rétr/
/méd/ /déictm/ /jeune-m//
'Et plus tard, le même jour, le jeune homme "se"
construisit "son" bateau (dit-on).'
3.1.1.4. sikoa 'maison' > sikoatonoan 'se construire une maison'
30 sikoatonoan da jonibia koba da je.
//sikoa-t-onoa-n/ /da/ /jon-i-bia/ /koba/ /da/ /je//
//maison-cau-réfl-loc/
/pm/ /là-loc-fin/ /passéloin/ /pm/ /3pl//
'Ils "se" construisirent une maison
là où ils se trouvaient à cette époque.'
3.1.1.5. koban 'abattis' > kobantonoan 'se cultiver un abattis'
31 "Bokobantoa" thaa tha lumun.
//bo-koban-t-oa/ /thaa/ /tha/ /lu-mun//
//ip2-abattis-cau-réfl/ /ip3m-dire/ /méd/ /ip3m-dat//
"Fais ton abattis" lui dit-elle (dit-on).
3.1.2. racine stative + t+onoan
Avec un état, on reconnaît un état interne ; qui en est affecté est également représenté comme la source de cet état. C'est un processus dynamique qui s'exprime ainsi : on y reconnaît un actant, source de l'état qui en outre l'affecte en tant que patient.
3.1.2.1. eima 'colère' > eimatonoan 'être en colère, se mettre en colère'[13]
32 liimatoa
//l-eima-tv-oa//
//ip3m-colère-cau-réfl//
'il se mit en colère.'
3.1.2.2. halekhebe 'joie' > halekhebetonoan 'se réjouir' [14]
33 […] lepeeron khan halekhebetoa
//le-peero-n/ /khan/ /halekhebe-t-oa//
//ip3m-chien-loc/ /dim/ /joie-cau-réfl//
'son petit chien se réjouit.'
3. 2. La marque oa combinée à des noms et à des relateurs
3.2.1. Noms + oa
Un nom associé à un autre dans une relation d'appartenance peut de plus s'adjoindre la marque -oa[15] qui semble indiquer que l'entité support de la relation d'appartenance assume deux rôles grammaticaux - on signale la coïncidence ("self"en anglais) ou on insiste sur l'ipséité comme s'il s'agissait d'une répétition ("même" en français).
34 bosokosa bukhaboa !
//bo-sokos-a/ /bu-khabo-oa//
//ip2-laver-ac/ /ip2-main-réfl//
'lave-toi les mains !'
35 lisimaka lureithoa
//li-simak-a/ /lu-reitho-oa//
//ip3m-appeler-ac/ /ip3m-épouse-réfl//
'Il appela sa femme.'
36 thusimaka thotoa thobokanbia tha
thomun da.
//thu-simak-a/ /th-oto-oa/
//ip3nm-appeler-ac/ /ip3nm-fille-réfl/
/tho-boka-n-bia/ /tha/ /tho-mun/ /da//
/ip3nm-cuisiner-loc-fin/ /méd/ /ip3nm-dat./ /pm//
'elle appela sa [propre] fille pour qu'elle cuisine
(dit-on) pour elle.'
37 hm! thin! thuburheidin thusirirawa, kia tha to sibabiaka.
//hm/ /thin/ /thu-burheidi-n/ /thu-sirira[16]-oa/
//onom/ /onom/ /ip3nm-jeter-loc/ /ip3nm-morve-réfl/
/kia/ /tha/ /to/ /siba-bia-ka//
/anaphnprox/ /méd/ /déictnm/ /pierre-fin-rétr//
'atchoum! en jetant sa morve, cela devint (dit-on) une
pierre.'
Bien que tous les exemples précédents montrent une coïncidence entre la fonction d'agent d'une part et celle du "possesseur" d'autre part, cela n'est pas obligatoire, comme le montre la phrase suivante :
38 Na isadoa motheboan, kia mothia kida
lisika to lireitho amun thudunawa.
//na/ /isad-oa/ /motheboan/
/kia/ /mothia/ /ki/ /da/
//ip3pl/ /préparer-réfl/ /surlendemain/ /anaphprox/ /matin/ /anaphprox/ /pm/
/li-sik-a/ /to/ /lv-reitho/ /amun/ /thu-duna-oa//
/ip3m-placer-ac/ /déictnm/ /ip3m-épouse/ /dat/ /ip3nm-aile-réfl//
'Ils se préparèrent le surlendemain, et ce matin-là il donna à sa femme ses ailes (ses ailes à elle).'
On pourra également se reporter à un exemple précédent (13) et à celui-ci :
39 Wabirakawa boja wamun no !
//wa-biraka-oa/ /b-oja/ /wa-mun/ /no//
//ip1pl-jouet-réfl/ /ip2-cueillir/ /ip1pl-dat/ /3nm//
'Notre
(propre) jouet cueille-le pour nous !'
Ces exemples prouvent donc que le contrôle du réfléchi n'est pas dévolu à l'agent puisque dans les exemples précédents, c'est le destinataire qui est en coréférence avec oa.
3.2.2. Relateurs + oa
3.2.2.1. laboa /ip3m-instr-réfl/ 'par lui-même', 'de lui-même'
40 hadia lanma ki thei andun horhorhon,
lutunukutun laboa, to anoanabe anda kika liinabo da [...]
//hadi-a /l-a-n-ma/ /ki/ /the-i/ /andu-n/ /horhorho-n/
//ainsi-ac/ /ip3m-faire-loc-mod/ loc. énonc.[17] /arriver-loc/ /sol-loc/
/lu-tunu-kutu-n/ /l-abo-oa/
/ip3m-atterrir-fact-loc/ /ip3m-instr-réfl/
/to/ /anoana-be/ /and-a/ /ki-ka/ /l-iinabo/ /da//
/déictnm/
/vautour-pl/ /arriver-ac/
/à=nouveau/ /ip3m-derrière/ /pm//
'C'est ainsi qu'il peut arriver sur le sol, atterrissant de lui-même (par ses propres moyens), les vautours à nouveau arrivent derrière lui.'
3.2.2.2. lomawa (lomaoa) /ip3m-soc-réfl/ 'avec lui-même'
41 aba balithiakhanintho tha lepeeron lonaka lomawa da.
//aba/ /balithia-khan-in-tho/ /tha/
//un/ /laid-dim-loc-nomnm/ /méd/
/le-peero-n/ /l-onak-a/ /l-oma-oa/ /da//
/ip3m-chien-loc/ /ip3m-emmener-ac/ /ip3m-soc-réfl/ /pm//
'Plutôt vilain (dit-on) son chien qu'il emmena avec
lui (certes).'
3.2.2.3. thonoa (thomunoa) /ip3nm-dat-réfl/ 'à elle-même'
42 tora thudukhun to anoana ojo, thimithadaaka tha thonoa.
//to-ra/ /thu-dukhu-n/ /to/ /anoana/ /ojo/
//déictnm-nprox/
/ip3nm-voir-loc/ /déictnm/ /vautour/ /mère/
/thi-mithadaa-ka/ /tha/ /th-omun-oa//
/ip3nm-rire-rétr/ /méd/ /ip3m-dat-réfl//
'Voyant cela la mère des vautours, elle sourit
(dit-on) en elle-même.'
3.2.2.5. thinaboa /ip3nm-derrière-réfl/ 'derrière elle-même'
43 Thudukhadukha da thinaboa.
//thu-dukh-a-dukh-a/ /da/ /th-inabo-oa//
//ip3nm-voir-ac-voir-ac/ /pm/ /ip3nm-derrière-réfl//
Elle regarde toujours (lit. 'regarde-regarde')
derrière elle(-même).'
3.2.2.6. loroa /ip3m-abl-réfl/ '(hors) de lui-même'
44 joaja ki thei da thurubotunbia thusiboadoa, fadokodon thoroa
da no.
//jo-aja/ /ki/
/the-i/ /da/ /thu-rubotu-n-bia/ /thu-sibo-ado-oa/
//là-abl[18]/ loc. énonc.[19] /pm//ip3nm-arracher-loc-fin//ip3nm-visage-mouchoir-réfl/
/fadokodo-n/ /th-or(i)-oa/ /da/ /no/
/secouer-loc/ /ip3nm-abl-réfl/ /pm/ /3nm//
'A partir de là donc, elle arracha son mouchoir de
tête, le secouant loin d'elle.'
3.3. ipséité : le pronom /ip-oa-ja/
loaja /ip3m-réfl-mod/ 'lui-même, lui seul'
45 losa
tha loajakoan, tha da, sikoatoan da lepeeron tha oma da.
//l-os-a/ /tha/ /l-oa-ja-koa-n/ /tha/ /da/
//ip3m-partir-ac/
/méd/ /ip3m-réfl-mod-cont-loc/ /méd/ /pm/
/sikoa-t-oa-n/ /da/ /le-peero-n/ /tha/ /oma/ /da//
/maison-cau-réfl-loc/
/pm/ /ip3m-chien-loc/ /méd/ /soc/
/pm//
'Il partit (dit-on) restant toujours lui tout seul (certes dit-on), se construisant (certes) sa propre maison en compagnie (certes) de son chien (dit-on) .'
Au cours de cette étude, nous nous sommes particulièrement attachée à la description d'une marque qui en arawak s'associe tant aux verbes qu'aux noms et aux relateurs pour présenter la relation - prédicative ou d'appartenance - comme close sur elle-même. Les valeurs modales qui en découlent sont, selon nous, caractéristiques du "participatif".
Toutefois, nous aimerions en manière de conclusion, proposer une tentative de typologie des racines verbales attachées à cette catégorie. On voit que la variable est précisément le degré d'activité de l'entité engagée dans le procès au double titre d'agent et de patient, et les propriétés liées à l'agent - intentionalité, autonomie - permettent d'ordonner les énoncés.
abrÉviations
|
abs |
absolu |
insp |
inspectif
(aspect) |
prosp |
prospectif
(aspect) |
|
ac |
actuel |
instr |
instrumental |
prox |
proximité |
|
anaph. |
anaphorique |
inter |
interrogatif |
réfl |
réfléchi |
|
applic |
applicatif |
IP |
indice
personnelment |
rétr. |
rétrospectif
(aspect) |
|
cau |
causatif |
loc |
localisateur |
soc |
sociatif |
|
cfg |
centrifuge |
loc.énonc. |
locution
énonciative |
vl |
verbalisateur |
|
cont |
continuatif
(aspect) |
m |
masculin |
|
|
|
coréf |
coréférent |
méd |
médiatif |
|
|
|
cpt |
centripète |
mod |
modal |
|
|
|
dat |
datif |
mvmt |
mouve |
|
|
|
déict |
déictique |
nm |
non masculin |
|
|
|
dép |
dépendance |
nom |
nominal |
|
|
|
dim |
diminutif |
nprox |
non proximité
|
|
|
|
dot |
dotatif |
onom |
onomatopée |
|
|
|
fact |
factitif |
pm |
particule
modale |
|
|
|
fin |
final |
pl |
pluriel |
|
|
|
foc? |
focus? |
PP |
pronom
personnel |
|
|
classification des ÉnoncÉs
1) la source du procès n'est pas envisagée
dakoban bitoa
/da-koban/ /bit-oa/
/ip1-champ/ /ip3nm-brûler-réfl/
'mon champ brûle'
to karobo karhudoa
/to/ karobo/ /karhud-oa/
/déicnm/ /assiette/
/casser-réfl/
'l'assiette s'est cassée'
2) processus
spontané : l'entité engagée dans le processus n'exerce pas de contrôle
to ori
sodoa
/to/ /ori/ /sod-oa/
/déicnm/ /serpent/ /peler-réfl/
'le serpent mue,
change de peau'
to khota siroko boadoa
/to/ /khota/
/siroko/ /boad-oa/
/déicnm/ /gibier/
/viande/ /abimer-réfl/
'la viande s'est abîmée'
3) c'est l'instrument qui est représenté comme la source
du procès
dasimarha saa jokhonoan
/da-simarha/
/saa/ /jokh-onoa-n/
/ip1-arme/ /bien/ /tirer-réfl-loc/
'mon fusil tire bien'
4) action
involontaire sur soi-même
dasokoa
dakhabo khona
/da-sok-oa/ /da-khabo/ /khona/
/ip1-couper-réfl/
/ip1-main/ /applic/
'je me suis coupé à
la main'
5) expression ± volontaire d'un état interne
maberosonoan
bali da
/ma-berosonoa-n/ /b-a-li/ /da/
//priv-se=plaindre-loc/ /ip2-a-mod/ /pm//
'tu ne dois certes
pas te plaindre !'
6) mouvement volontaire (avec/sans déplacement)
to peero
karebetoa balisi koloko
/to/ /peero/ /karebet-oa/ /balisi/
/koloko/
//déicnm/ /chien/ /se=coucher=en=rond/ /cendre/ /dans/
'le chien s'est
couché en rond dans la cendre'
lojo kojoa
bahunro
//l-ojo/
/koj-oa/ /bahu-nro//
//ip3m-mère/ /rentrer-réfl/ /maison-mvmt//
'sa mère s'en est retournée chez elle'
7) mouvement de retour sur soi
beithoa !
/b-eith-oa/
/ip2-savoir-réfl/
'fais attention !'
dakisidoha
thokhona
/da-kisid-o(a)-ha/
/tho-khona/
/ip1-essayer-réfl-prosp/ /ip3nm-applic/
'je vais m'essayer à cela'
lokobodoa
/lo-kobod-oa/
/ip3m-"rater"-réfl/
'il s'est trompé
repère ordinal
saare ha bianthetoan
/saa-re/ /h-a/ /bian-the-t-oa-n/
/bien-très/ /ip2pl-dire~faire/ /deux-cpt-cau-réfl-loc/
'soyez une bonne
compagnie l'un pour l'autre'
('bien vous
"vous-constituer-comme-second"')
8) l'agent se
constitue lui-même comme destinataire (notamment soins du corps)
bosokosoaba !
/bo-sokos-oa-ba/
/ip2-laver-réfl-cfg/
'va te laver !'
mais on
dira :
bosokosa
bukhaboa !
/bo-sokos-a/ /bu-khabo-oa/
/ip2-laver-ac/ /ip2-main-réfl/
'lave tes mains !'
9) l'agent
effectue une activité à son propre profit
bokobantoa !
/bo-koban-t-oa/
/ip2-champ-cau-réfl/
'fais-toi ton propre champ !'
rÉfÉrences
baarle p. van & m. a. sabajo,
1997 Manuel de langue
arawak, Editions du Saule, Paris, (traduction et préface de m. f. patte).
bennett, j. p.
1989 An Arawak-English Dictionary, Archaeology and Anthropology n°6, Walter Roth Museum of Anthropology, Georgetown.
croft, w.
1994 "Voice: Beyond Control and Affectedness", in B. Fox & P. Hopper (eds)Voice, Form and Function, J. Benjamins.
geniusiene, e.
1987 The Typology of
Reflexives, Mouton de Gruyter.
goeje, c. h. de
1928 The Arawak Language of Guiana, Koninklijke Academie van Wetenschappen te Amsterdam, Amsterdam.
kemmer, s.
1993 The Middle Voice, j. Benjamins.
1994 "Middle Voice, Transitivity and the Elaboration of Events", in B. Fox & P. Hopper (eds) Voice, Form and Function, J. Benjamins.
patte, m. f.
1997 "De trois marques aspectuelles en arawak", Actances 9.
à paraître "-n, marque générale de localisation en arawak".
pottier, B.
1992 Sémantique
générale, puf
taylor, D.
1977 Languages of the West-Indies, John Hopkins Univ. Pr, Baltimore.
[1] La langue arawak de Guyane est parfois appelée dans la littérature lokono (littéralement 'les gens'). L'analyse présentée ici est le fruit d'une collaboration avec plusieurs locuteurs arawak résidant à Balaté, quartier périphérique de Saint-Laurent-du-Maroni, et à Sainte-Rose de Lima, village amérindien dépendant de la commune de Matoury, distante d'une quinzaine de kilomètres de Cayenne.
[2] Nous postulons isadün < saa 'bon' + d 'causatif'+ v . Si cette étymologie est juste, isadün serait littéralement 'rendre bon, mettre en bon état'.
[3] On observera l'emploi de la marque glosée 'réfléchi' renvoyant à un participant bénéficiaire au datif.
[4] En réalité, marhikhoto 'enseigner' doit s'analyser /marhikho-to/ /savoir-causatif/ voir plus loin § 3.1.1.
[5] khan est glosé 'diminutif' car c'est là son emploi le plus fréquent. Pourtant il a parfois comme ici une valeur discursive hypocoristique ou d'atténuation.
[6] kia, anaphorique de non-proximité, est glosé selon les contextes 'cela', 'alors', ou 'celle-là'.
[7] Verbe déponent ; il n'existe pas de forme non réfléchie correspondante connue. On remarque également la forme courte du morphème : oan.
[8] Verbe déponent ; il n'existe pas de forme non réfléchie correspondante connue.
[9] Relevons ici encore la forme courte du morphème : oan.
[10] ki thei locution discursive glosée 'donc', 'par conséquent'.
[11] Dans cette combinaison, khali nominal absolu, apparaît sous sa forme dépendante khale.
[12] boto (emprunt) : koriara est le terme original. Ici c'est la forme dépendante boto-n (voir nbp précédente) qui entre dans cette combinaison.
[13] cf. eimatan 'mettre en colère qqun'.
[14] On peut comparer avec halekhebetan faire plaisir, rendre joyeux.
[15] -oa est transcrit -wa lorsque la concaténation des morphèmes le met en contact avec un segment vocalique.
[16] sirira (morve) doit en réalité s'analyser /siri-üra/ /nez-liquide/.
[17] cf. nbp (10).
[18] Allomorphes de "ablatif" aja ~ oja ~ ari(a) ~ ori(a).
[19] ki thei locution énonciative voir nbp ci-dessus (10).