AMERINDIA N°23, 1998

 

Mariano Veitia, historien du XVIIIème siècle, et le nahuatl

Eric ROULET

 

Le XVIIIème siècle est un siècle de renouveau dans l’américanisme en Nouvelle-Espagne. Les historiens entendent comprendre le monde indien dans sa globalité en privilégiant les sources anciennes indigènes rédigées notamment en nahuatl. Les travaux nombreux de Lorenzo Boturini, Francisco Javier Clavijero et Antonio de León y Gama, pour ne parler que des plus connus, sont là pour en témoigner[1] La liste ne doit pas cependant se limiter à ces quelques noms illustres ; nous aurions alors une vision inexacte de l’ampleur du mouvement historiographique de cette époque. D’autres historiens ont mené des travaux exemplaires. Ainsi Juan José Eguiara y Eguren, José Díaz de la Vega, Francisco Antonio Lorenzana y Butron, José Antonio Pichardo[2] et surtout Mariano Veitia.

Ils savent pour la plupart la langue mexicaine, voire d’autres langues indigènes pour certains[3].

Nous possédons de nombreuses pages de Mariano Veitia sur la langue des Aztèques. Il a su apporter une attention toute particulière non seulement à cette langue mais aussi aux manuscrits pictographiques, que l’on disait alors figuratifs.

Mariano Veitia, l’ami de Boturini

Mariano Fernández de Echeverría y Veitia est né à Puebla en 1718. Son père, don José, est originaire de Biscaye[4] et occupe le poste d’auditeur de l’Audience de Mexico. Aussi, le jeune Mariano embrasse-t-il la voie paternelle et entreprend-il des études de droit à la Real y Pontíficia Universidad de Mexico. Il part pour l’Espagne où il intègre le corps des avocats royaux en 1738[5]. En 1744, à Madrid se produit une rencontre qui va décider de sa vocation d’écrire l’histoire de la Nouvelle-Espagne. Cette rencontre, c’est celle du chevalier milanais Lorenzo Boturini Benaduci (1702-1755). L’italien, esprit curieux, revient de Nouvelle-Espagne où il a entrepris de nombreux voyages afin de découvrir des documents anciens. Il constitue ainsi une collection, le Museo indiano. Les autorités cependant s’inquiètent de voir ainsi le passé indigène fouillé. Le vice-roi, le comte de Fuenclara, ordonne une enquête sur les activités de l’italien. Il apparaît rapidement qu’il ne dispose pas de l’autorisation de séjour dans la vice-royauté comme sa qualité d’étranger le nécessite. Il est arrêté et sa collection saisie[6]. Après quelques mois en prison, il est expulsé. Don José Veitia le recommande à son fils Mariano[7]. Le jeune Mariano lui offre ainsi l’hospitalité et reçoit ses premières lueurs sur les antiquités mexicaines.

 Tube sobrado tiempo y comodidad para instruirme por su boca de multitud de noticias en orden a esta historia que el dicho caballero habia adquirido en el tiempo de nueva años que viageo por dicho reino.[8]

Quand Mariano Veitia retourne en Nouvelle-Espagne, Boturini lui fait promettre de lui envoyer des copies des documents du Museo indiano afin de rédiger une œuvre historique. En apprenant la mort du chevalier en 1755, Veitia décide de s‘attacher à l’écriture de l’histoire projetée par son ami.

 ... El deseo de que no quedasen sepultadas en el olvido tan preciosas antigüedades que me resolví a tomar sobre mi tan gran empeño...[9]

Mariano Veitia n’achèva pas, selon toute vraisemblance, son œuvre, aujourd’hui connue sous le titre d’Historia antigua de México[10]. Cette longue œuvre en gestation a connu des nombreux états. Certains papiers comme le Manuscrit 215 de la Bibliothèque nationale de France[11] apportent des éclaircissements sur des points justes évoqués dans la Historia antigua de México. D’autres abordent des événements qui n’y figurent pas, soit parce qu’ils ont été écartés, soit parce que l’œuvre est restée inachevée.

Mariano Veitia et le nahuatl

Mariano Veitia a consacré une bonne partie du Discurso preliminar de son Historia à parler de la langue des anciens Mexicains. Il s’intéresse, nous l’avons vu, tardivement aux civilisations anciennes de la Nouvelle-Espagne, privilégiant, en bon criollo, les considérations sur Notre-Dame de Guadalupe. Il a donné de nombreuses conférences sur ce thème devant l’Academia de los Curiosos à Madrid[12]. Lorenzo Boturini lui donne ses premiers rudiments de nahuatl. Veitia ne s’en tient pas uniquement aux sages conseils de l’Italien. Il connaît le Vocabulario de fray Alonso de Molina dans son édition de 1571 qui se trouve d’ailleurs dans la collection Boturini[13]. Peut-être s’en est-il servi pour constituer la liste des nombres en nahuatl et en espagnol qui figure en première partie du codex qu’il constitua[14] ? Il affine sa connaissance de la langue au contact des érudits à son retour en Nouvelle-Espagne.

 He trabajado en la versión de muchos nombres y frases para la inteligencia y averigación de la verdad en algunos pasajes de la historia (...) sujetando después mis producciones al examen de los inteligentes...[15]

Il confesse avoir une piètre connaissance du nahuatl, mi instrucción en el mexicano es muy corta[16], même si sa connaissance est certainement plus approfondie qu’il ne le dit. Il s’intéresse beaucoup à la formation des mots. Il aime à donner l’étymologie des mots indiens[17].

 ... Y el doctor Luis Becerra Tanco cree que la voz que pudo decir el indio en su idioma fuese Tecuatlanopeuh, que significa la que tuvo origen de las penas...[18]

Il attache à découvrir le sens de mots particuliers ou de quelques phrases, notamment des vers de Nezahualcóyotl. Avec bien peu de réussite, semble-t-il.

 Lo cierto es que las Canciones del emperador Nezahualcóyotl que pongo en su idioma, no he hallado alguno que perfectamente las traduzca, porque hay muchas voces que absolumente se ignora el día de hoy su significado[19].

Le propos de Mariano Veitia sur les Chants de Nezahualcoyotl est encore intéressant parce que là, il avoue non seulement ses propres lacunes dans ce domaine, mais aussi celles des autres savants. Le nahuatl aurait-il à ce point évolué qu’il ne soit plus compréhensible au XVIIIème siècle ? C’est du moins la raison qu’il invoque.

 Todos contestan en que el idioma nahuatl ha variado mucho de lo que era en tiempo de la Gentilidad, pero discordan en el motivo, porque los unos creen que esta diferencia proviene de la corrupción de él, y otros defienden que nace de haberse pulido y perfeccionado[20].

Il est vrai que le nahuatl a connu des emprunts au castillan depuis la Conquête. Des mots nouveaux sont apparus. Cependant, la difficulté de compréhension du nahuatl tient bien plus, au XVIIIème siècle, de la multiplicité des transcriptions des sons en caractères latins et, dans une moindre mesure, de la médiocre qualité des copies des manuscrits anciens.

A l’époque de Mariano Veitia, la question du changement du nahuatl est centrée sur le débat : processus de perfectionnement ou processus de corruption ? Le débat est d’importance car il touche à la qualité d’origine de cette langue. Pour les uns, l’évolution du nahuatl est symptomatique de sa structure et donc du génie indigène. Son degré d’élaboration témoigne avant tout de la valeur des hommes et de la civilisation qui les a vu naître. Seuls des hommes éclairés ont pu produire un outil qui s’adapte au mieux avec son environnement, sans rien abandonner de son originalité. Pour les autres, il y a eu corruption de la langue au contact de l’envahisseur espagnol. C’est un jugement très négatif sur le nahuatl puisqu’il entend sa dégénérescence.

Nous sommes au cœur du problème. Au delà de la langue, nous voyons que Mariano Veitia parle de la civilisation aztèque. Il semble que Mariano Veitia ait choisi entre ces deux possibilités en écrivant que  le nahuatl est orné et perfectionné.

Enfin, remarquons qu’en insistant sur les difficultés de traductions, il prévient les critiques et dégage sa responsabilité.

Mariano Veitia n’a pas assuré personnellement de traduction, il utilise donc le plus souvent les traductions déjà existantes. Ainsi, il reprend les traductions des mois et des jours données par fray Martín de León dans Camino del Cielo dans son Manuscrit 215[21].

 

Traduction de Martín de León

Traduction de Mariano Veitia[22]

Atlcahualo[23]

detención de las aguas

detención de las aguas

Tlaxipehualiztli

desollamiento de las gentes

desollamiento de gentes

Totzotzontli

ayuno chico

ayuno pequeño

Hueitotzotzontli

ayuno grande

ayuno grande

Toxcatl

esfuerzo

esfuerzo

Etzalcualiztli

comida de tecojotes

comida de judias

Tecuilhuitzintli

fiesta pequeña del señor

fiesta pequeña del señor

Hueitecuilhuitl

[24]

gran fiesta del señor

Tlaxochimaco

estera de flores

enero de flores

Xocotlhuetzi

madurez de frutas

madureza de frutos

Ochpaniztli

tiempo de barrer

tiempo de barrer

Teotleco

llegada de los dioses

llegada de los dioses

Teplihuitl

fiesta de los montes

fiesta de los montes

Quecholli

el pavón

el pavo real

Panquetzaliztli

banderilla de oro o plumería

banderilla de oro o plumas

Atemoztli

ara de los dioses

ara de los dioses

Tititl

vientre o nuestro vientre

nuestro vientre

Izcalli

cuando retoña

retoño de la yerba

Les différences sont minimes. Le mois Tlaxochimaco est traduit estera de flores (natte de fleurs) par fray Martín de León, et enero de flores par Veitia[25] ; le mois Izcalli cuando retoña pour le premier, et retoño de la yerba pour le second. L’idée, en tout cas, est toujours la même.

Il exerce tout de même un regard critique sur les différentes traductions. Il livre volontiers son avis. Il connaît suffisamment le nahuatl pour comprendre les traductions dans leurs grandes lignes et même en contester certaines. Il saisit les erreurs. Il peut ainsi suivre le travail du traducteur. Nous avons quelques passages de son Historia où il commente des traductions du nahuatl, en réalité, les différentes traductions possibles des noms de mois et de jours ou des âges historiques. Il n’hésite pas à donner les différentes traductions qu’il a trouvé avant de faire son propre choix.

Comme nous venons de le voir, Mariano Veitia n’a pas une approche linguistique de cette langue. S’il en souligne les grandes caractéristiques, c’est davantage pour montrer qu’il l’a étudiée que pour disserter sur les subtilités et les points grammaticaux qui posent problèmes tout autant dans la traduction que dans l’explication. Non, son but est autre ; il s’agit pour lui de retrouver une information. La connaissance de la langue n’est pas une fin en soi, elle permet fondamentalement de traduire les documents rédigés en nahuatl à l’aide de caractères latins et d’appréhender les informations les plus anciennes. Cette transcription du nahuatl en caractères latins a été rendue possible grâce aux nombreux travaux des premiers missionnaires du XVIème siècle qui tentèrent de mieux comprendre les hommes et les civilisations du nouveau monde découvert. L’approche de la langue par Mariano Veitia est motivée par le souci d’une meilleure compréhension du document historique.

Pour cela, il compulse de nombreux auteurs en nahuatl. Il cite ainsi outre Nezahualcoyotl, don Alonso Axayaca[26] pour une chronique en nahuatl qu’il aurait eu entre les mains[27], Domingo de San Antón Muñón Chimalpáhin Quauhtlehuanitzin[28] et Hernando Alvarado Tezozómoc[29]. Il témoigne ainsi d’une vie littéraire indigène.

Mariano Veitia et les documents pictographiques

Pourtant, ces manuscrits en nahuatl ne sont pas non plus le but de sa démarche. Ils sont un moyen d’atteindre quelque chose de plus profond encore.

En lisant les auteurs, Mariano Veitia recherche les informations indispensables pour interpréter les documents peints des anciens Mexicains[30]. Il en tient aussi quelques unes de Lorenzo Boturini qui les recueillit durant son périple mexicain.

 El caballero Boturini (...) nada se pudiera hablar adelantado si al mismo tiempo no hubiera conseguido muchas y muy singulares relaciones históricas en interpretación de los dichos mapas, asi en nuestro propio idioma como en el mexicano, escritas por algunos autores fidedignos de aquellos primitivos tiempos que sabios en la inteligencia de ellos y bien instruido en nuestro idioma... [31]

Car, pour Mariano Veitia, seuls les témoins les plus anciens, ne portant pas l’empreinte des Espagnols, sont sources de vérité historique. Non, le nahuatl doit seulement permettre de lire des notices qui commentent les seuls vrais documents qui méritent un intérêt.

 Y finalmente los mismos monumentos antiguos son unos testigos irrefragables[32].

Les documents pictographiques sont la vérité même. Authentiques.

 Estas pinturas eran las que conservan las noticias de su historia, los códigos de sus leyes, las ejecutorias de su nobleza, los títulos de sus posesiones, el reglamento de su religión, la cartilla de sus fiestas, los calendarios de sus cómputos astronómicos...[33]

Des documents pictographiques, il en a vu beaucoup. Il dispose du Museo indiano et de nombreuses autres archives[34], ne l’oublions pas. Mariano Veitia possédait personnellement de nombreux manuscrits anciens. Son fils fray Antonio María de San José parle ainsi d’un mapa qui se trouvait dans les papiers de son père :

  Un mapa pintado como estaba antes la ciudad de Mexico de très varas de largo y caña para enroleer[35].

Mariano Veitia décrit dans la Historia, ceux qu’il a consultés, dont le Mapa Sigüenza, ainsi nommée parce qu’elle appartint un temps au célèbre mathématicien mexicain Carlos de Sigüenza y Góngora[36] :

 Copia de una mapa de estos Naturales que dice [Gemelli Careri] la hubo de don Carlos de Sigüenza (...) y sin duda se copió del que recogió el caballero Boturini y en su archivo he visto por original y dice que representa las peregrinaciones de la nación mejicana desde la tierra de Aztlan hasta Chapultepec[37].

Ces longues descriptions, non pas d’un codex particulier, mais du genre de peintures indigènes visent avant tout à montrer la connaissance qu’il en a. Il les a vus et travaillés. Ces descriptions témoignent aussi de la diversité des documents. Pour Veitia, chacun possède un thème et leur mode de fonctionnement ne sont pas alors identiques[38].

Mariano Veitia renforce son propos sur la nécessité de connaître les sources anciennes, en ajoutant l’expérience à la théorisation.

Componíanse estas pinturas no sólo de todos los objetos visibles y corpóreos, que sino también de muchos invisibles e incorpóreos que ellos figuraban con diversos caracteres para explicar los susesos. Veíanse en ellos el sol, la luna y las estrellas, la tierra con sus montes, valles, y rios y lagunas: todo genero de aves y animales sin exceptar los mas depreciables insectos, muchas figuras humanas de entrambos sexos, unas vestidas, otras desnudas: unos blancos, otros negros y otros matizados de varios colores, los mas de ellos adornadas las cabezas con innumerable variedad de coas, unas parecen tiaras, otras mitras, otras coronas, otras penachos»[39].

Mariano Veitia souligne à travers ces multiples observations la précision du dessin qui vise à donner toutes les nuances de formes, ainsi sur les couvre-chefs ou les oiseaux, mais aussi dans le choix des couleurs. Assurément, ces dessins sont sophistiqués.

Il confère un caractère particulier aux manuscrits anciens.

Il ne comprend pas les formes reproduites sur les documents comme des dessins illustrants la vie quotidienne des Aztèques ; ils sont, pour lui, une écriture véritable. En prenant comme exemple les noms des souverains indigènes, il entend démontrer que les dessins qui les représentent sont en fait des combinaisons de plusieurs dessins, chacun figurant un mot.

 ... Y otras semejantes, que todas son símbolos o jeroglíficos que esplicaban el nombre, o la dignidad de la persona sobre cuya cabeza están. Como por ejemplo la efigie del emperador Xólotl que tiene un ojo sobre la cabeza, la de Nezahualcóyotl que tiene unas orejas de lobo, la de Acamapichtli, una mano empuñando unas cañas, la de Tizoctzin, una pierna atrevasada de una saeta que son la esplicación de los nombres de estos personajes [40].

   

                 Acamapichtli                                    Tizoc

                 Codex Mendoza, pl. 2                      pl. 12

Mariano Veitia a bien saisit le rôle du trait qui unit le personnage au dessin de son nom. Ces descriptions sont proches des glyphes qui accompagnent les portraits des souverains aztèques dans le Codex Mendoza ou dans la Historia tolteca chichimeca. Acamapichtli signifie "poignée de roseau". Le nom est formé des mots mapichtli, "poignée" (formé à partir de ma-itl, "main") et acatl, "roseau".

La notion de caractère et de hiéroglyphe est largement utilisée par les chroniqueurs et historiens depuis le XVIème siècle ; le jésuite Francisco Javier Clavijero, un contemporain de Mariano Veitia, écrit ainsi :

Usaban los Mexicanos en sus pinturas, no solamente de las simples imágenes de los objetos, sino también de jeroglíficos y carácteres[41].

Nous la retrouvons encore au XIXème siècle, sous la plume de Rémi Siméon [42].

Le propos de Mariano Veitia est beaucoup plus original un peu plus loin alors qu’il poursuit son raisonnement sur les dessins. Ils ne sont pas seulement, pour lui, des idéogrammes. Il devine un système d’écriture plus accompli et aussi plus simple qu’il n’hésite pas à comparer à l’alphabet latin en usage en Europe. Les signes tracés par les scribes indigènes sont des lettres. La référence est plus explicite que le simple mot "caractère". En outre, cette écriture est structurée et suit des règles précises.

 Las figuras de estas pinturas les servían a ellos de letras y carácteres como a nosotros los que usamos, y que el saber formar y entender estos mapas, era un faculdad que entre ellos se enseñaza y se aprendía como entre nosotros el leer y escribir [43].

Nous relevons ici deux types d’informations. Mariano Veitia insiste non seulement sur le caractère alphabétique de cette écriture mais encore sur la formation des scribes. Nous rapprocherons ces propos d’un autre passage :

Estos mapas (...) se guardaban en los archivos públicos de las ciudades principales, como eran los de México y Tezcoco[44].

Là, l’information importante est l’évocation des archives, donc d’un lieu où sont conservés des documents écrits, des livres. Il parle même d’un chef des archives comme pour mieux montrer le souci de conservation de cette mémoire écrite :

... Don Alonso Axayaca (...) se hallara de jefe o archivero de los Archivos reales de Tescuco y como tal entendía bien la significación de los mapas la que explicó en su idioma en dicha crónica...[45]

Mariano Veitia dresse un portrait avantageux de la société indienne, mais inexact. En aucun cas en effet, les dessins utilisés par les Aztèques ne sauraient être compris comme une écriture alphabétique, même si, au moment de la Conquête, la phonétisation était grandissante[46]. Elle comprend trois types de glyphes : des pictogrammes, des idéogrammes et des phonogrammes. De même, la connaissance des différents caractères n’était pas l’apanage de tous. Elle était réservée à une frange étroite de la population, les tlacuiloanime formés dans l’enceinte des collèges-monastères, les calmecac.

 

Tlacuilo

Codex Mendoza, pl. 7036

Et puis, les documents anciens, aussi fondamentaux soient-ils, ont été peu utilisés par Mariano Veitia hormis les sept calendriers indigènes, connus bien souvent d’ailleurs sous son propre nom[47]. Il s’est bien davantage inspiré de documents purement illustratifs comme le Codex Ixtlilxóchitl dont il a fait d’ailleurs une copie, le Codex Veitia. La raison en est probablement la difficulté du matériau.

Mariano Veitia est ainsi conduit à un problème de méthodologie dans le sens où pour suivre un document de type pictographique, il doit utiliser des commentaires tardifs en langue nahuatl voire, dans son cas, des traductions. Un peu comme si, sentant l’important, il n’avait pu l’atteindre. Mais son propos fondamental n’est pas là.

La revalorisation du passé indigène

Si nous reprenons tous les éléments, nous voyons que Mariano Veitia insiste en fait sur plusieurs aspects :

1. la notion d’écriture,

2. l’apprentissage de la lecture et de l’écriture,

3. l’importance des livres dans la vie de tous les jours,

4. l’existence d’écrivains professionnels, témoins d’une vie littéraire

5. l’archivage des écrits.

L’écrit est partout. Mariano Veitia met en avant le caractère de civilisation écrite. Il précise bien dans son "Discurso preliminar" : tenían escritas sus leyes y las ordenanzas de su policia y gobierno[48]. Il affirme par ce biais la grandeur de la civilisation indienne. Est-il concevable au XVIIIème siècle, qu’une grande civilisation, alors que le modèle classique gréco-romain domine, n’ait pas consigné son histoire et régulé les rapports sociaux par des lois écrites ? Rappelons en effet que les docteurs de l’Université de Mexico préférèrent les copies en plâtres d’œuvres gréco-romaines à la statue de la déesse aztèque Coatlicue  celle qui porte une jupe de serpent, allant même jusqu'à la réenterrer à l’endroit où elle avait été trouvée[49].

Alors, que penser de la vision de Mariano Veitia de la langue et de l’écriture aztèque ? Assurément, Mariano Veitia participe au regain d’intérêt pour ces deux aspects de la civilisation aztèque mais il ne les enferme pas dans un carcan rigide d’étude. Ils ne sont pas dissociés du reste de son travail sur les Indiens. Il les place au service de sa démonstration et les fait participer à la revalorisation du passé indigène, en montrant des caractères comparables aux modèles de son temps.

Mariano Vetia appartient pleinement à ce mouvement de renouveau de l’américanisme en Nouvelle-Espagne. Il bénéficie de l’appui bienveillant de la monarchie espagnole des Bourbons, soucieuse de mieux comprendre ce monde lointain. Des grandes enquêtes statistiques sont menées. Charles III (1759-1783) appuie le cosmographe royal Juan Bautista Muñoz (1745-1799) dans la réunion des documents anciens[50]. L’Archivo de Indias de Séville est crée en 1785[51]. La fin du siècle s’accompagne aussi de l’approche des pièces archéologiques. Les sites sont visités et décrits. Antonio Del Río en 1787 entreprend des fouilles à Palenque dans le pays maya[52]. En 1790, la pierre dite "Calendrier aztèque" est exhumée à Mexico. Antonio de León y Gama en entreprend aussitôt une description[53].

A la fin du XVIIIème siècle, dans son Historia antigua de México, Francisco Javier Clavigero montre l’originalité du monde indien sans rechercher systématiquement des comparaison avec l’ancien monde. L’objet existe de lui même désormais.

 



[1] Voir à ce sujet notre étude, E. ROULET, « Le renouveau de l’américanisme en Nouvelle-Espagne dans la seconde moitié du XVIIIème siècle », in : Mille ans de civilisation mésoaméricaine. Des Mayas aux Aztèques. Hommages à Jacques Soustelle, Paris : L’Harmattan, 1995, t.1, pp. 229 et suivantes.

[2] Eguiara y Eguren (1706-1763) entreprend en 1755 la rédaction d’un dictionnaire des auteurs mexicains intitulé Biblioteca mexicana (D. BRADING, Los orígenes del nacionalismo mexicano, México : Ediciones Era, 1979, p. 25.)

     Díaz de la Vega (1718-1790) franciscain de Mexico rédige dans les années 1782-83 ses Memorias piadosas de la nación yndiana (J. ALCINA FRANCH, El descubrimiento científico de América, Barcelona : Anthropos, 1988, pp. 118 et 119.) Voir aussi G. BAUDOT, « Las antigüedades del padre Díaz de la Vega », in : ECN, t. 8, 1969, pp. 223 et suivantes.

     Lorenza y Butron ( ? -1804) est espagnol. Il fait ses études à l’Université de Salamanque. Il devient par la suite archevêque de Mexico. Il prépare en 1770 une nouvelles édition des Cartas de relación d’Hernan Cortés pour laquelle il puise abondamment dans la collection d’antiquités de Lorenzo Boturini. Il ramène en Espagne de nombreux manuscrits indigènes (P. CABELLO CARRO, Coleccionismo americano indígena en la España del siglo XVIII, Madrid : Ediciones de Cultura Hispánica, 1989, p. 165 et suivantes).

     Le père oratorien Pichardo exécuteur testamentaire d’Antonio de León y Gama assure de nombreuses copies de documents indigènes afin de protéger les collections menacées (J. de DURAND-FOREST, Histoire de la vallée de Mexico selon Chimalpahin Quauhtlehuanitzin, Paris : L’Harmattan, 1987, t. 1, p. 99).

[3] Fray José Díaz de la Vega parle l’otomi (J. ALCINA FRANCH, op. cit., p. 119).

[4] Beristain y Souza dit ainsi que don José arrive jeune en Nouvelle-Espagne et y achève ses études (J.M. BERISTAIN Y SOUZA, Biblioteca hispano americana, México : El presbitero B. Fortino Hipolito Vera 1883, t. 3, p. 250). Nous savons par ailleurs que Mariano Veitia est reçu à Oña par sa grand-mère maternelle (Fr. A.M. de SAN JOSE, « Carta », citée par F. ORTEGA, « Noticia sobre el autor », in : M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, Historia antigua de México, México : Imp. J. Ojeda, 1836 , t. 1., p. X). Sur les origines de la famille Veitia, voir J. ALCINA FRANCH, op. cit.

[5] Fr. A.M. de SAN JOSE, op. cit., p. IX.

[6] M. LEÓN-PORTILLA, « Estudio preliminar », in : L. BOTURINI BENADUCI, Idea de una nueva historia general de la América septentrional, México : Porrúa, 1973, pp. IX et suivantes.

[7] Mariano Veitia écrit ainsi à propos des conditions de cette rencontre (M. F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, « Discurso preliminar », in : M. MORENO BONETT, Mariano Veitia, nacionalismo novohispano, Historia antigua, Fundación de Puebla, Guadalupanismo, México : UNAM, 1983, p. 313) :

     « Llevaba [una carta] de mi padre para mí en que referiéndome por mayor sus apreciables prendas, y el motivo de su desgracia (...) Recibíle y hospedéle en mi casa donde se mantuvó casi dos años. »

[8] M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, Manuscrit 215 de la Bibliothèque nationale de France, folio 2r.

[9] Ibid., folio 3v.

[10] L’épisode de la Conquête espagnole n’est pas raconté dans l’Historia, alors que nous avons des manuscrits préparatoires sur cet épisode (notamment le Manuscrit 215). Le titre d’Historia antigua de México n’apparaît pas sur les manuscrits de Mariano Veitia. Il a été vraisemblablement donné par le premier éditeur de l’œuvre, Francisco Ortega, en 1836. Il reprend celui de l’œuvre contemporaine du jésuite Francisco Javier Clavijero.

[11] Ce manuscrit comporte notamment deux prologues et des Cómputos para la ordenación cronológica qui constitueront en grande partie le "Discurso preliminar". La numérotation des folios du Manuscrit 215 est de notre propre fait.

[12] Les textes de ces conférences sont conservés à la Latin American Collection d’Austin, Texas, sous le titre de Discursos académicos sobre la historia eclesiástica. Plus tard, de retour en Nouvelle-Espagne, Mariano Veitia s’attache à écrire l’histoire des sanctuaires de Mexico sous le titre de Baluartes de México. Cette œuvre sera publiée à Puebla, sa ville natale, en 1820.

[13] Mariano Veitia croit détenir la première édition de l’ouvrage (M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, "Discurso preliminar", op. cit., p. 320). Il se trompe car la première édition du Vocabulario en lengua castellana y mexicana y mexicana y castellana est de 1555, le Vocabulario de 1571 figure au paragraphe XXVI-3 du Museo indiano de Boturini.

[14] Cette hypothèse est émise par J. ALCINA FRANCH, op. cit., p. 137.

       Ce Codex, dit Codex Veitia, n’est pas une œuvre originale puisqu’il reprend en grande partie le Codex Ixtlilxóchitl (Ibid., pp. 136 et suivantes).

[15] M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, "Discurso preliminar", op. cit., p. 319.

[16] Ibid.

[17] Ibid.    En muchos vocables doi la etimología, especialmente en los compuestos de que abunda mucho este idioma, particularmente en la nomenclatura de personas y lugares, que todos son significados.

       Il dit tenir ce souci de Boturini (Ibid.) :

       Y no puedo negar que fue ésta una de las reglas que aprendí del caballero Boturini que se havía propuesto seguir en su obra esta máxima.

[18] M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, cité par M. MORENO BONETT, op. cit., p. 136.

       Une autre traduction est proposée par Jacqueline de Durand-Forest : « celui qui est né au milieu des bêtes sauvages » (communication orale de J. de DURAND-FOREST.)

       Luis Becerra Tanco vécut au XVIIème siècle. De formation classique, il ne délaisse pas les sciences et devient professeur de mathématiques à l’Université de Mexico (F. de la MAZA, El guadalupanismo mexicano, México : FCE, 1981, pp. 81 et 82.)

[19] M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, "Discurso preliminar", op. cit., pp. 319 et 320.

[20] Ibid.

[21] Fray Martín de León est un religieux dominicain de la seconde moitié du XVIème siècle. Son œuvre est parue en 1611 à Mexico (J.M. BERISTAIN Y SOUZA, op. cit., t. 3 , p. 193.) Il est cité de nombreuses fois dans l’œuvre de Lorenzo Boturini. Veitia doit le connaître par son intermédiaire. L’œuvre figure dans le Museo indiano au paragraphe XXVI-11.

[22] Dans sa Historia antigua de México, Mariano Veitia ne donne pas la même suite de 18 mois. Cependant, nous pouvons observer que, pour les noms de mois identiques, il reprend les traductions figurant ici (M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, Historia antigua de México, op. cit., t. 1, pp. 64 et 65.)

       Dans le Codex Veitia, tiré, rappelons-le, du Codex Ixtlilxochitl, nous avons plusieurs suites de mois. La première n’est pas traduite. La deuxième donne estera de flores pour Tlaxochimaco (folio 58v), penitencia menor pour Tozoztli, penitencia mayor pour Hueytozoztli, barredura de las calles pour Ochpaniztli (orthographié d’ailleurs hucpaniztli) et compra de las aguas pour Atlcahualo (Codex Veitia, folio 58v et 60r.) Ce ne sont que des copies de documents, cela ne signifie pas que Mariano Veitia ait adhéré à l’une ou à l’autre traduction. De toute façon, hormis le cas des deux mois Tozoztli et Hueytozoztli, les significations sont proches.

[23] L’orthographe des noms aztèques est celle des deux auteurs, fray Martín de León et Mariano Veitia.

[24] Le huitième mois ne figure pas dans la liste des mois de fray Martin de León donnée par Lorenzo Boturini dans son ouvrage Idea de una nueva historia general de la América septentrional, op. cit., pp. 54 et 55.

[25] Une erreur de graphie est envisageable. Veitia connaît par Boturini l’œuvre de fray Martin de León. Il a pu s’appuyer sur un manuscrit de l’Italien et prendre estera pour enero, à moins qu’il ne s’agisse d’une erreur de copie sur le Manuscrit 215. En effet, dans le Codex Veitia, il note bien estera de flores pour la traduction de ce nom de mois (Codex Veitia, folio 58v).

[26] Il fut gouverneur de Tetzcuco. Il est mort en 1580 (Á. M. GARIBAY, Historia de la literatura náhuatl, México : Porrúa, 1971, t. 2, p. 229).

[27] M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, Manuscrit 215, op. cit., folios 17r et 56r.

[28] Les œuvres de Chimalpahin sont dans le Museo indiano aux paragraphes VIII-1, VIII-12 et XXXII-3.

[29] Veitia ne mentionne que la Crónica mexicana écrite par cet auteur en espagnol (M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, Manuscrit 215, op. cit., folio 56r).

[30] Les documents anciens sont bien rarement accompagnés d’un commentaires en langue mexicaine. Les annotations qui figurent sur certains codex, comme par exemple sur le Codex Mendoza, ne suivent pas toujours la partie pictographique. Les documents précortésiens ne connaissent aucune donnée rédigée.

[31] M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, Ibid., folio 17r.

[32] M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, "Discurso preliminar", op. cit., p. 318.

[33] Ibid., p. 300.

[34] Il écrit ainsi (M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, Manuscrit 215, op. cit., folios 2v et 3r) :

       No me descuide en buscarlos que el no habia hallado y puede conseguir algunos valiendome de registrar las bibliotecas de algunas comunidades religiosas de donde dicho caballero habia sacado no pocos de sus instrumentos.

[35] Fr. A.M. de SAN JOSE, "Carta", op. cit., p. XVI.

[36] Carlos de Sigüenza y Góngora (1645-1700) constitue grâce aux excellentes relations nouées avec les familles de deux chroniqueurs indigènes, Fernando de Alva Ixtlilxóchitl et Domingo de San Antón Muñón Chimalpáhin Quauhtlehuanitzin une riche collection de vingt huit volumes de manuscrits anciens. A sa mort en 1700, cette collection est déposée au collège jésuite Máximo de San Pedro y San Pablo de Mexico (G. VÁZQUEZ CHAMORRO, "Introducción"» in : F. de A. IXTLILXÓCHITL, Historia de la nación chichimeca, Madrid : Historia 16, 1985, p. 27 et J. de DURAND-FOREST, op. cit., t. 1, p. 94).           Le Mapa Sigüenza figure au paragraphe VII-6 du catalogue du Museo indiano.

[37] M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, Historia antigua de México, op. cit., t. 2, p. 283.

       Mariano Veitia présente aussi un lienzo (M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, "Discurso preliminar", op. cit., p. 300) en reprenant la description qu’en fit le chroniqueur Ixtlilxóchitl (F. de A. IXTLILXÓCHITL, Obras históricas, t. 2, Historia de la nación chichimeca, Mexico : UNAM, 1985, p. 199) :

       Los autores hablan de aquel celebre lienzo en que Teotlili, gobernador de Cempohualan hiso pintar las naves en que vinieron Cortés y sus compañeros, los trajes y armaduras, los cavallos, las armas de fuego, y todo lo demas que le parecio necesario para dar quenta a su senor Montezuma con la mayor puntualidad y especificación.

[38] Il distingue ainsi plusieurs types de manuscrits dans le "Discurso preliminar" à la Historia antigua de México (M. F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, "Discurso preliminar", in : Lord KINGSBOROUGH, Antiquities of Mexico, Londres, t. 8, 1848, p. 163) :

       Los mapas, puramente astronómicos de los indios, porque los adivinos o sacerdotes se sirvesen de elos formando las combinaciones de sus figuras y jeroglíficos para sus adivinaciones, pronósticos y era cuales y mucho menos los mapas históricos...

[39]M. F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, Manuscrit 215, op. cit., folio 5r.

       Le propos repris dans le "Discurso preliminar" est moins bien structuré (M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, « Discurso preliminar », op. cit., pp. 300 et 301.)

[40] M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, "Discurso preliminar",  in : M. MORENO BONETT, op. cit., p. 301.

[41] F.J. CLAVIJERO, Historia antigua de México, México : Porrúa, 1971, p. 250.

[42] R. SIMEON, "Introduction",  in : Dictionnaire de la langue nahuatl ou mexicaine, Graz : ADVA, 1963, p. XIII.

[43] M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, "Discurso preliminar", in : M. MORENO BONETT, op. cit., p. 300.

[44] Ibid. , p. 302.

[45] M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, Manuscrit 215, op. cit., folio 17r.

[46] Serge Gruzinski pense que la phonétisation est née de la nécessité de transcrire des sons étrangers alors que l’empire aztèque incorporait des contrées et des peuples plus lointains (S. GRUZINSKI, La colonisation de l’imaginaire, Paris : Gallimard, 1988, p. 22).

[47] Les sept calendriers indigènes ont été publiés par Genaro Garcia dans : M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, Los calendarios mexicanos, México : El Museo Nacional, 1907. Ils sont d’origine diverses, le n°2 apparaît dans la Relation du Michoacan et le n°7 est tlaxcaltèque.

[48] M.F. de ECHEVERRÍA Y VEITIA, "Discurso preliminar", in : M. MORENO BONETT, op. cit., p. 301.

[49] O. PAZ, Rire et pénitence : art et histoire, Paris : Gallimard, 1983, p. 163.

[50] J. ALCINA FRANCH, op. cit., pp. 159 et suivantes.

       Sur l’action de Charles III, voir M. SELLES, J.L. PESET, et A. LAFUENTE (eds), Carlos III y la ciencia de la ilustración, Madrid : Alianza Editorial, 1987.

[51] J. ALCINA FRANCH, op. cit., p. 174.

[52] P. CABELLO CARRO, op. cit., p. 99.

[53] Son étude sera publiée à Mexico en 1792 sous le titre de Descripción histórica y cronológica de las dos piedras.