Actes : La "découverte" des langues et des écritures d'Amérique
Marc THOUVENOT
CELIA - CNRS, France
Est-il possible de parler de découverte de l'écriture aztèque par Sahagún, en accordant au mot "découverte" le sens de "connaître et faire connaître quelque chose" ?
Pour proposer une réponse une relecture du Codex de Florence a été effectuée. Pour la partie espagnole toutes les occurrences des mots -escribir, pintar, leer, libro, carácter- ont été relevées dans leurs contextes[1]. Pour la partie nahuatl tous les mots construits sur les racines d'icuiloa, amoxtli, pohua, amatl, machiyotl, in tlilli in tlapalli ont été recherchées en utilisant conjointement l'Index du Codex de Florence et TEMOA[2], puis en étudiant les contextes[3]. Cette double lecture a été complétée par l'étude des relations entre les images et les textes.
Le Codex de Florence, oeuvre de Fray Bernardino de Sahagún et d'Indiens lettrés, est composé de 12 livres répartis en trois volumes. L'ensemble compte environ 2466 pages.
La structure générale de l'ouvrage est parfaitement
régulière. Chaque page est divisée en deux colonnes. La partie de droite est
occupée par le texte nahuatl, rédigé en premier, tandis que celle de gauche accueille le texte espagnol et
les images[4], dessinées en dernier. Ne dérogent à cette structure
que les pages de titre, les prologues, les avertissements et les sommaires qui
se trouvent en début, généralement, de chaque livre[5].
Les
images comportent deux catégories distinctes : celles du type rinceaux ou
culs-de-lampe qui sont strictement décoratives et de style européen, au nombre
de 623[6], et les autres, au nombre de 1845, appelées ici
"vignettes". Les images figuratives sont le plus souvent entourées
d'un double cadre, d'où leur nom de vignette, alors que les rinceaux ne le sont
que très rarement. Tandis que les vignettes sont, à quelques exceptions près,
toutes situées dans la colonne de gauche de chaque page, les rinceaux sont
majoritairement placés du même côté mais peuvent aussi souvent apparaître dans
la colonne de droite, c'est à dire au milieu du texte nahuatl. Ces deux types
d'images sont le plus souvent, mais pas nécessairement, coloriés.
Les vignettes sont, d'un point de vue stylistique, un mélange de deux traditions. Celle des tlacuiloque et celle des dessinateurs du Moyen-Age européen. Leur contenu est le plus souvent tributaire du texte nahuatl de la colonne de droite, mais parfois celui-ci est indépendant et constitue en fait un troisième texte, pictographique lui, à côté des deux textes en caractères latins. Quelques études portant sur le caractère traditionnel de ces vignettes ont pu montrer que l'utilisation phonétique des images s'inscrivait tout à fait dans la tradition pictographique aztèque[7].
Le Codex de Florence, généralement daté de 1577, est la phase ultime d'un travail commencé par Sahagún vers 1558. Par chance[8], Sahagún dans le Prologue de son livre II, livre la méthode qui fut la sienne au moment où il s'engage dans cette considérable entreprise, et les principales étapes.
Après avoir reçu l'ordre d'écrire un ouvrage en nahuatl utile pour christianiser les Indiens, Sahagún :
- établit une liste de tous les sujets qu'il souhaitait voir traités ;
- fait réunir des principales auxquels ils posent les questions préparées précédemment, cela pendant deux ans ;
- ces principales répondent non seulement oralement mais encore en lui donnant des écrits[9] :
Todas las cosas
que conferimos me las dieron por pinturas, que aquella era la escritura que
ellos antiguamente usaban, y los gramáticos las declararon en su lengua,
escribiendo la declaración al pie de la letra. Tengo aun ahora estos originales.[10]
- les textes des grammairiens sont corrigés et augmentés à Tlatelolco ;
- ils sont corrigés, organisés en douze livres et mis au propre alors qu'il est à Mexico ;
- après l'intervention de Fray Rodrigo de Sequera le texte nahuatl est recopié sur une colonne tandis que dans l'autre on trouve le texte espagnol. C'est à dire la disposition que l'on connaît avec le Codex de Florence.
Le Codex de Florence est divisé en douze livres traitant des sujets suivants : 1. Les dieux ; 2. Les cérémonies ; 3. L'origine des dieux ; 4. L'astrologie ; 5. Les présages ; 6. La rhétorique ; 7. L'astronomie ; 8. Histoire et mode de vie des seigneurs ; 9. Les marchands ; 10. Vices et vertus des Indiens, les maladies ; 11. Histoire naturelle ; 12. Conquête espagnole.
Il est un mot qui revient souvent sous la plume des auteurs modernes quand ils évoquent cette oeuvre c'est l'adjectif "encyclopédique"[11]. Ce caractère est déjà en germe dans le titre que Sahagún voulait donner à son oeuvre : Historia vniversal, de las cosas de la nueva españa: repartida en doze libro, en lengua mexicana y española. Fecha por el muy reverendo padre, fray bernardino de Sahagún: frayle se Sanct Franciscon de obseruancia[12].
On pourrait logiquement s'attendre à trouver dans le texte de Sahagún une mine de renseignements sur l'écriture. Pour au moins six raisons, dont quatre vues précédemment, à savoir :
- le rôle fondateur des images dans la réalisation pratique de l'oeuvre ;
- le fait que Sahagún possédait toujours les originaux au moment de la rédaction ;
- le nombre important des vignettes dans le Codex de Florence[13] ;
- leur contenu traditionnel ;
- enfin le caractère encyclopédique de cette somme.
- A cela on peut ajouter le contact direct que Sahagún a eu avec les livres pictographiques et l'utilisation des images à des fins évangélisatrices faites par les franciscains. Sahagún, arrivé suffisamment tôt au Mexique pour pouvoir parfaitement connaître l'écriture et la réalisation des Codex dit Testériano, aurait pu souhaiter diffuser ses connaissances à ses coreligionnaires.
Pour toutes les raisons évoquées on pourrait s'attendre à trouver dans le Codex de Florence un chapitre consacré à l'écriture et des développements dévolus au contenu des vignettes, c'est à dire à une découverte de l'écriture traditionnelle aztèque.
En fait ni les écrits de Sahagún -avec ses réflexions, évocations et traductions-, ni le statut des images ne viennent répondre à cette attente.
Attendre d'une telle somme un chapitre sur l'écriture, n'a rien d'extraordinaire. Les écrivains-peintres appartenaient en effet au groupe des artisans d'art, les tolteca, dont les principaux, en plus des tlacuiloque, étaient les lapidaires, les orfèvres, les sculpteurs et les plumassiers[14]. Le travail des orfèvres, des lapidaires et des plumassiers est décrit avec force détails dans la partie nahuatl du Codex[15].
Par contraste, pas l'ombre d'un chapitre concernant les écrivains. A défaut on pourrait espérer des commentaires dispersés dans tout le corps de l'ouvrage. Concernant la langue nahuatl Sahagún n'est pas du tout avare de tel procédé. Il n'existe dans le texte du franciscain rien de tel, pas le moindre traitement direct de ce thème et de surcroît pas le moindre commentaire concernant les milliers de vignettes présentes.
Ce silence et cette différence de traitement avec la langue ne sont pas nouveaux. Même celui qui avait été l'initiateur de la méthode de travail consistant à prendre comme fondement les textes pictographiques, Fray Andrés de Olmos, n'inclut dans son oeuvre[16] aucun chapitre sur l'écriture autochtone. Une absence identique s'observe dans la chronique de Fray Toribio Motolinía[17].
S'il n'existe pas de traitement spécifique du thème de l'écriture dans le texte de Sahagún, ce dernier est émaillé de quelques brèves évocations. Par évocation on entend tous les cas où Sahagún parle de l'écriture traditionnelle, pour son propre compte, c'est à dire sans qu'il s'agisse d'une traduction du texte nahuatl. Elles se trouvent le plus souvent dans les Prologues ou les Appendices et sont fort peu nombreuses (7 cas). Ces évocations comportent les mots escritura et/ou pintura.
Le mot escritura, pour désigner l'écriture pictographique, n'apparaît que quatre fois, deux fois associé à une opinion positive et les deux autres à une opinion négative :
Opinions positives : une fois à propos du rôle fondateur des images dans son entreprise "pinturas, que aquella era la escritura que ellos antiguamente usaban"[18], une fois parce qu'il voit, dans ces écrits pictographiques, le fait que les Indiens ont vécu dans l'idolâtrie :
Que todos
habéis vivido en grandes tinieblas de infidelidad e idolatría en que os dejaron
vuestros antepasados, como está claro por vuestras escrituras y pinturas, y
ritos idolátricos en que habéis vivido hasta ahora[19].
Opinions négatives : Sahagún explique qu'il n'a pu faire une oeuvre du type de celle de Calepino "por no haber letras ni escritura entre esta gente"[20], par ailleurs il dit que
Esta gente no tenía letras, ni caracteres algunos, ni sabían leer ni escribir, comunicábanse por imágenes y pinturas, [y tvdas las antiguallas suyas, y libros que tenian dellas, estauan pintados, con figuras, y imagenes] de tal manera que sabían y tenían memorias de las cosas que sus antepasados habían hecho y habían dejado en sus anales
et il fallut attendre la venue de jeunes Indiens dans les Collèges franciscains pour qu'ils apprennent "a leer y escribir y cantar"[21].
Parfois il n'emploie pas le mot escritura mais celui de pintura. Par deux fois il le fait à propos de documents de type historique :
En lo que toca
a la antigüedad de esta gente tiénese por averiguado que ha más de dos mil años
que habitan en esta tierra que ahora se llama la Nueva España: Porque por sus
pinturas antiguas hay noticia que aquella famosa ciudad que se llamó Tula ha ya
mil años...[22] ; Según que afirman los viejos, en cuyo poder
estaban las pinturas y memorias de las cosas antiguas...[23]
et une fois à propos d'un document mixtèque qui montrerait, peut-être, que la prédication des Evangiles aurait pu avoir été faite dans le temps :
El año de 70 o
por allí cerca, me certificaron dos religiosos dignos de fe que vieron en
Guaxac, que dista de esta ciudad sesenta leguas hacia el oriente, que vieron
unas pinturas muy antiguas pintadas en pellejos de venados, en las cuales se
contenían muchas cosas que aludían a la Predicación del Evangelio...[24] !
Peut-on à partir de ces quelques exemples essayer de connaître l'idée que se faisait Sahagún de l'écriture aztèque ?
Par deux fois ses propos sont clairement négatifs et quand Sahagún emploie le mot pintura à la place de escritura on retrouve cette même connotation. Quand Sahagún utilise le mot pintura, il l'emploie dans son sens européen. C'est à dire de quelque chose qui est fondamentalement différent de l'écrit. L'attitude du Franciscain est en accord avec la définition que donne Molina du tlacuilo : "escriuano, o pintor"[25]. Toute la divergence entre les deux conceptions tient dans une lettre o. Alors que pour les Espagnols on est soit écrivain soit peintre, pour les Indiens on est "peintre et écrivain".
Il reste cependant les deux phrases parfaitement positives. Mais elles doivent être replacées dans leurs contextes. Alors que toutes les autres évocations reflètent les idées de Sahagún au moment de l'écriture du texte espagnol, c'est à dire vers 1577, celle qui marque le rôle fondateur des images dans son travail, indique quels étaient ses sentiments vers 1558 soit une vingtaine d'années auparavant[26]. Ce n'est pas temporellement le même homme qui parle. Le passage d'un pôle à l'autre montre que sur ce sujet la pensée de Sahagún avait évoluée.
La seconde évocation appartient à un texte très particulier qui apparaît à la fin du livre I consacré aux dieux aztèques. Il s'agit d'un texte de réfutation dans lequel, à l'aide des textes sacrés, Sahagún dénonce l'idolâtrie. Dans ce texte ce n'est pas l'historien, l'ethnographe ou le linguiste qui s'exprime, mais l'évangélisateur. Celui qui cherche à dire à son interlocuteur qu'il le connaît bien et pour ce faire est prêt à lui accorder le bénéfice de l'écriture, mais seulement parce qu'il peut ajouter que son contenu est "claro". L'expression reflète plus une tactique qu'une croyance. On retrouve là la même attitude dominatrice que lors de la rencontre des douze franciscains avec les Indiens en 1524 : "Soyez bien persuadés que nous savons qui sont ceux que vous tenez pour dieux, nous connaissons leur origine et la nature et leur être, nous savons à quel office ils se livrent"[27].
De ces évocations contradictoires on peut déduire qu'au début de son entreprise Sahagún croyait suffisamment en l'existence d'une écriture pour suivre le modèle d'Olmos et puis que vingt ans après, mais peut-être plus tôt, son avis sur la question était presque opposé. Presque seulement car ce qu'il reléguait au rang de la pintura présentait les deux caractéristiques propres de l'écriture, c'est à dire la communication et l'enregistrement[28]. Si l'aspect fonctionnel est équivalent à celui de l'écriture européenne, il n'en demeure pas moins que ce n'est pas, à ses yeux, une écriture car elle ne comporte pas de lettres.
Le caractère éminemment ambigüë de ces évocations tient au fait que Sahagún devait concilier le fait de fonder son enquête sur des images dite "écriture" et l'affirmation que les Indiens ne savaient ni lire ni écrire. D'où des phrases positives, qui ne le sont pas vraiment et des phrases négatives, qui ne le sont pas totalement.
Même si parmi la liste de questions préparées par Sahagún n'en figure aucune concernant l'écriture, les lettrés nahua, responsables du texte aztèque, évoquent de-ci de-là leurs livres et l'écriture qui s'y trouve. Sahagún a donc été conduit à traduire les expressions nahuatl. C'est ainsi que l'on trouve dans son texte espagnol quelques termes se rapportant directement au thème de l'écriture. Ces mots sont formés sur escribir, libro et caracteres et aussi, comme précédemment, sur pintura.
Sahagún emploie une des formes du verbe escribir pour parler des livres contenant les chants divins[29], de ceux utilisés par les "nécromanciens" c'est à dire les tonalamatl[30], quand il traduit des formules métaphoriques comme "écrire dans son coeur"[31] et à propos des documents utilisés dans les procès[32]. Généralement on trouve dans le texte nahuatl le verbe icuiloa[33]. Il est un fait frappant, c'est qu'à lire Sahagún les Aztèques n'avaient pas d'écrivain. Le mot escribano n'apparaît qu'une fois pour dire comment, sous l'égide des Espagnols, les Indiens devenaient de bons écrivains[34]. Le texte nahuatl emploie neuf fois le mot tlacuilo dans un contexte d'écriture (au sens européen du terme) et Sahagún traduit constamment par pintor. Même dans le portrait du peintre-écrivain ! Si escribano est inconnu, par contre escribir est utilisé. Essentiellement dans deux cas : pour traduire une expression métaphorique du type "écrire dans son coeur", ou bien quand les mots amoxtli ou tonalamatl sont présents dans la phrase. Dans les autres cas on trouve pintar ou pintura.
Sahagún parle de livres à propos des anciens qui les possèdent[35], des horticulteurs[36], des "nécromanciens"[37], des enfants qui vont au Calmecac[38], de formules métaphoriques[39], à propos de la vie exemplaire des anciens[40]. Ce faisant il traduit le mot amoxtli. Même si, comme c'est souvent le cas, ce mot n'est pas seul mais accompagné des expression in tlacuilolli, in tlilli in tlapalli.
Il emploie le mot carácter très souvent quand il s'agit des signes du tonalamatl[41] et à propos des chants divins[42]. Mais ce mot apparaît encore plus souvent hors traduction, dans les Prologues ou les Appendices et dans ce cas toujours à propos des signes du calendrier[43]. Par ce mot carácter Sahagún désigne les vingt signes des jours et plus particulièrement les quatre signes des années. C'est ainsi qu'il traduit les mots machiotl, xiuhtonalli, tonalpoalli et tonalli.
On notera l'absence du mot leer ! Il n'est jamais fait mention de lecture, sauf pour dire que les franciscains enseignent aux jeunes Indiens à lire.
Sahagún pensant que les Aztèques ne possédaient pas d'écriture est peu tenté d'utiliser la terminologie européenne de l'écriture pour parler des peintures et peintres indiens. On vient cependant de voir que cela se produisait dans quelques cas. Il semble que le mot amoxtli : "livre" ait joué un rôle attractif important. S'agissant d'un mot difficile à traduire autrement que par "livre" il entraîne la traduction des autres mots l'entourant par des termes appartenant au même champ sémantique. D'une façon presque automatique quand on parle de livre on associe le verbe "écrire", et quand on parle d'images ou de figures on associe le verbe "peindre". Ainsi généralement quand Sahagún rencontre le verbe icuiloa seul il le traduit par "peindre", mais s'il est associé au mot amoxtli : "livre", alors la traduction sera plutôt "écrire".
Parfois il associe au mot escritura le mot pintura[44], d'autres fois il emploie le mot pintura seul alors que le texte nahuatl fait expressément référence à l'écriture autochtone[45], d'autres fois, quand le contexte n'indique pas s'il s'agit d'un peintre-écrivain ou d'un peintre[46].
A lire Sahagún, les Aztèques ont des livres, mais personne pour les écrire et encore moins pour les lire. Il existe une différence importante entre le discours des lettrés nahuatl et celui du franciscain. Là où les Aztèques parlent de "lecteur" : tlapouhquj et de "savant" : tlamatinj, Sahagún parle lui de adivinos, là où ils parlent de "livres, d'écrits" : yn amuxtli, yn tlacujlolli lui parle de libros[47]. Là où ils disent "il regarde ses livres, ses peintures, ses écrits, il les lit" : quitta imamux, in jtlacujlol, in jtlil, in jtlapal, quipoa, Sahagún dit : "miraba luego sus libros"[48].
Notre attente concernant des informations, des explications de Sahagún sur le thème de l'écriture est donc vaine, non seulement il n'aborde pas directement ce sujet mais encore ce qu'il en dit est le plus souvent négatif et il en nie même l'existence chaque fois qu'il le peut dans ses traductions.
Ce qui vient d'être déduit des évocations de Sahagún et de ses traductions n'est-il pas contredit par la présence des 1845 vignettes ? Ne peut-on penser que bien que Sahagún ne montrait aucun intérêt pour l'écriture aztèque, il souhaitait cependant, comme il l'a fait pour, par exemple, les textes concernant les artisans, apporter le témoignage des Indiens sans interférer avec celui-ci ?
Si cette volonté de témoignage avait existé, en l'absence de toute déclaration explicite de l'auteur, celle-ci pourrait, au moins se manifester, soit par le caractère très traditionnel des images, soit par des commentaires sur les vignettes, soit par l'existence d'un plan préalable incluant les trois composantes -les deux textes alphabétiques et le pictographique.
1) Le style des images ne plaide pas pour l'hypothèse du témoignage silencieux. On sait par Sahagún lui-même qu'il possédait encore, au moment de la rédaction du Codex de Florence, les premières peintures qui avaient été réalisées par les Indiens en réponse à ses questions. Si sa volonté avait été de communiquer des informations sur l'écriture pictographique, il aurait été simple et logique de faire recopier tout ou partie de ces peintures fondatrices. Ce n'est absolument pas le choix fait par Sahagún. Il a laissé faire des images, à partir des textes, dans un style très européen, avec une perte importante d'éléments autochtones.
2) L'absence de relation entre les textes et les vignettes ne plaide pas non plus pour cette hypothèse. Il n'existe que quatre images pour lesquelles une telle relation existe et dont on puisse être assuré que Sahagún avait de façon évidente souhaité leur présence. Il s'agit des trois pages figurant des calendriers[49]. On peut en être sûr car Sahagún écrit :
Esta tabla que
está frontera, amigo lector, es la cuenta de los caracteres o signos de que en
este cuarto libro habemos tratado...[50] ou Otra cuenta tenían estos naturales, que ni
sigue la cuenta del año, ni de los meses, ni de las quintanas que impropiamente
se pueden decir semanas. Esta cuenta tiene veinte caracteres como está pintado
en la tabla que está detrás de esta hoja...[51] ou encore Esta tabla, arriba puesta: es la cuenta
de los años[52].
Contrairement aux vignettes qui s'inscrivent dans les colonnes prédéfinies, ces calendriers occupent toute la surface de la page.
Les seules images présentant une même caractéristique sont celles des divinités du livre I[53]. Il est difficile de savoir si leur présence avait été prévue dès le début où si elles ont été rajoutées après coup. Ces images n'étant pas foliotées l'ajout n'est pas impossible. Sur le folio précédent dans le Al lector Sahagún écrit : "Para la intelligencia de las figuras, o ymagines que esta aqui adelante". Ces images des dieux sont intéressantes parce qu'elles portent des annotations c'est à dire une relation physique, autre que la disposition, entre les images et les textes alphabétiques. Au dessus de chaque dieu est noté son nom et en dessous le chapitre et le folio du texte correspondant. Par son emplacement et son contenu ceci constitue un sommaire imagé.
Sur les milliers d'images présentes, seules dix vignettes présentent des marques d'écriture européenne[54]. Il ne semble pas que ces images aient été planifiées. En fait, peut-être pour permettre le début du paragraphe suivant en haut du verso du folio suivant, le folio 134 recto est resté blanc[55] et les peintres ont dessiné vingt-huit plantes dans ces dix vignettes. Contrairement à ce qui se passe d'habitude ces vignettes se trouvent avant le texte nahuatl leur correspondant. Normalement grâce à la remarquable organisation de Sahagún la correspondance entre les différents textes est évidente, là les images précédent le texte, ce qui est peut-être unique, aussi toute relation visuelle est supprimée. C'est vraisemblablement pour cette raison que les noms des plantes ont été rajoutés.
3) Il a déjà été noté que les vignettes ont pu être dessinées parce que le texte espagnol est plus court que le nahuatl correspondant. Cette différence de longueur tient essentiellement au fait que les caractères utilisés pour la traduction sont plus petits et l'interlignage plus réduit. On peut s'interroger sur le caractère serré de l'écriture espagnole. N'est-ce pas écrit ainsi intentionnellement pour réserver une place à de futures images ?
Il y a une bonne raison de ne pas le croire : une telle disposition n'est pas particulière au Codex de Florence mais s'inscrit dans une tradition. On peut, en effet, voir dans les Codices Matritensesi[56] que la colonne rédigée en nahuatl, est écrite de façon aérée, tandis que celle comprenant la "traduction" espagnole est, elle, rédigée d'une écriture très serrée. On ne peut penser que les espaces créés là l'ont été avec l'intention d'y introduire des images, car dans ces manuscrits toutes les images ont été évacuées.
Ces espaces sont dus à la conjonction de deux phénomènes : d'une part les traductions espagnoles, quand elles prennent en compte l'intégralité du texte nahuatl, sont plus longues que les écrits nahuatl[57]. D'autre part les titres des chapitres et paragraphes de la colonne espagnole étant écrits au même niveau que les titres nahuatl et avant la rédaction espagnole, il n'était pas question de prendre le risque d'avoir un texte espagnol trop long. Pour éviter que le texte espagnol ne vienne buter sur le titre suivant il n'y avait qu'une solution qui consistait à jouer sur la dimensions des lettres et l'interlignage. Dès le début de son entreprise Sahagún a établi que le texte original devait être rédigé avec de grandes lettres et un interlignage important tandis que sa traduction devait être écrit avec petites lettres et un interlignage réduit. Il a ensuite appliqué la même règle au Codex de Florence. Ceci explique qu'un très grand nombre de vignettes se trouve à la fin du chapitre espagnol, juste avant le titre suivant.
Il découle de cette relation mécanique entre les textes que la présence de blancs et donc l'existence des images sont contingentes. Elles n'ont pas été planifiées, alors que l'organisation générale du manuscrit montre une grande rigueur. La présence des images est en grande partie fortuite.
En l'absence de toute allusion de Sahagún concernant les vignettes, et considérant leur caractère fortuit, on peut formuler l'hypothèse suivante : Sahagún aurait fait réaliser le Codex de Florence sans vignettes ni rinceaux et ces derniers auraient été ajoutés postérieurement, juste avant le départ de Sequera pour l'Espagne. De plus il est peu probable que cela soit une idée de Sahagún lui-même, mais plus probablement celle de son commanditaire et protecteur.
Cette hypothèse est confortée par les points suivants :
- le Codex de Florence est une oeuvre de commande, réalisée à la demande de Sequera. Il n'est pas mentionné que celui-ci ait demandé des images :
mandó
que estos libros todos se romanzasen, y así en romance como en lengua mexicana
se escribiesen de buena letra.
et y mandó al autor que los tradujese
en romance y proveyó de todo lo necesario para que se escribiesen de nuevo, la
lengua mexicana en una columna y el romance en la otra...
- Le propre plan de Sahagún, exposé dans ses Prologues, et dont on voit un début de réalisation dans les Codices Matritenses, ne prévoyait pas d'images :
Van
estos doce libros de tal manera trazados que cada plana lleva tres columnas: la
primera, de lengua española; la segunda, la lengua mexicana; la tercera, la
declaración de los vocablos mexicanos, señalados con sus cifras[58].
- En dehors du cas cité des calendriers, Sahagún ne dit pas un seul mot des images. Autant il n'est pas surprenant de ne trouver aucune relation entre les images et le texte espagnol dans le corps du texte, du fait que les images sont postérieures à la rédaction de l'espagnol, autant cela devient plus curieux quand on pense aux Prologues et Appendices. Soit ces derniers ont été écrits après l'exécution des images auquel cas Sahagún n'aurait rien voulu en dire, soit avant et donc les images réalisées en tout dernier lieu, auquel cas matériellement il ne pouvait rien en dire. La seconde possibilité est plus probable dans la mesure où la seule et unique allusion aux images -vignettes et rinceaux- est postérieure à 1577. En 1585 Sahagún se plaint de n'avoir aucune nouvelle du manuscrit remis à Sequera : "aquellos libros que llevó en lengua castellana y mexicana, y muy historiados"[59].
- Cette seule et unique allusion montre bien comment Sahagún considérait ces images. Elles sont toutes réduites à la fonction décorative des rinceaux.
- En 1585 quand Sahagún prépare une nouvelle version du livre XII, il supprime toutes les images[60].
- Tous les textes sont achevés, tandis que vignettes et rinceaux de la fin du livre XII sont absents. Le manque de temps n'a affecté que les images.
L'absence de tout développement consacré au thème de l'écriture, les évocations ambiguës voire tout à fait négatives sur ce sujet, le refus systématique de traduire le mot tlacuilo autrement que par pintor, le caractère fortuit des vignettes du Codex de Florence, le peu de considération que Sahagún accorde aux rares images introduites volontairement, comme par exemple la réduction des images des dieux en un Sommaire imagé, tout ceci est pour le moins la preuve d'une désintérêt pour ce sujet.
L'attitude de Sahagún exprime plus que cela. On peut y voir la volonté délibérée de faire silence sur ce sujet. Pourquoi ? Sans doute parce que l'écriture traditionnelle était tenue par le franciscain comme un vecteur d'idolâtrie. Et à ce titre il convenait de la détruire, de l'oublier et de la remplacer.
Sahagún n'a pas été directement mêlé à la destruction des documents pictographiques, mais il ne s'est pas élevé contre cette pratique. Par le silence qu'il met en place dans son oeuvre il collabore personnellement à son oubli. Enfin par son importante activité d'enseignant il participe directement au remplacement de l'écriture traditionnelle par l'écriture européenne avec les caractères latins.
Pour Sahagún la propagation de la foi et la connaissance de l'écriture et de la lecture européenne sont indissociables[61] et c'est bien à ces deux tâches, qui portent en elles l'éradication de la religion et de l'écriture traditionnelle, qu'il va dédier toute sa vie.
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1979 Códice Florentino. El manuscrito 218-220 de la colección Palatina de la Biblioteca Medicea Laurenziana, Florence, Giunti Barbéra & Archivo General de la Nación, 3 vol., facsimilé.
Thouvenot, Marc,
1980 "Coquillages glyphés". Paris. L'Ethnographie, N° 83, pp. 291-328.
1982 "Pierres précieuses glyphées : Etude de quelques vignettes du Codex Florentino de Fray Bernardino de Sahagún". Paris. L'Ethnographie, N° 86, pp. 31-102.
1984 "Turquoises according to the Florentine Codex Vignettes" dans The Native Sources and the History of the Valley of Mexico; ed. by J. de Durand-Forest, Oxford, B.A.R., pp. 183-205.
1993 TEMOA 3.1, SUP-INFOR, Paris (ISBN 2-908782-08-1).
[1] Sahagún, 1979, 1969, 1950-1982. Les citations en espagnol sont extraites de l'édition de Garibay (1969) éventuellement complétées [entre crochets] avec le texte de l'édition facsimilé. Les références données ici sont du type CF : I, 1, 1r ; HG : I, 1, 1 ; FC : I, 1, 1. CF = Codex Florentino, HG = Historia General, FC = Florentine Codex. Le premier chiffre, romain, indique le livre, le second chiffre, arabe, le chapitre et le troisième la page ou le folio.
[2] Eisinger, 1994 ; Thouvenot, 1993.
[3] Dans l'édition de Dibble & Anderson et dans le fac-similé.
[4] L'appendice du Livre I (f. 24v à 41v) est une exception notable à ce schéma général. Là le texte latin (puis espagnol) a été rédigé en premier dans la colonne de gauche et sa traduction ou paraphrase (Dibble, 1988:111) nahuatl a été ensuite écrite dans la colonne de droite. Cette inversion dans l'ordre de rédaction affecte non seulement les textes alphabétiques mais aussi les images. Dans cet appendice les dix vignettes qui y figurent sont toutes exclusivement dans la colonne de droite, c'est à dire insérées à l'intérieur du texte nahuatl. Ce qui est contraire à toute l'organisation générale du Codex de Florence.
[5] Il convient d'y ajouter quelques exceptions : la première page de l'appendice du livre I, les 25 premières pages du livre II, l'appendice du livre IV tout en espagnol qui suit huit pages blanches, quelques lignes à la fin de l'appendice du livre V, une page en latin avant le livre VI, et enfin le livre VII, f. 21r où l'on trouve le commentaire espagnol d'un tableau.
[6] Martínez, 1982:16.
[7] Dibble, 1963:55-60 ; Thouvenot, 1980:291-328 ; Thouvenot, 1982:31-102 ; Thouvenot, 1984:183-205 ; Favrot Peterson, 1988:273-93.
[8] Par chance, parce que si Sahagún ne s'était pas exprimé expressément sur la primauté des images dans l'élaboration de son ouvrage, il est douteux que la seule étude du Codex de Florence aurait permis de soupçonner un tel fait !
[9] Charles Dibble (1966:148) pense que seuls les livres I, II, III, IV, VIII et IX auraient réalisés à partir de Codex.
[10] HG : II, Prol., 106.
[11] A titre indicatif : The 'encyclopedia' of Sahagún, so far as the organization of the content is concerned, belongs in the tradition of medieval encyclopedias. Robertson, 1959:171 ; It is an encyclopedia of the Nahua people... Lopez Austin, 1974:119.
[12] Cité par José Luiz Martinez, p. 17.
[13] C'est bien une telle idée que l'on trouve exprimée par E. Quiñones Keber : "The Florentine Codex, after all, contains about 1845 illustrations, excluding ornamental designs, which far exceeds the 544 illustrations of the Primeros Memoriales. These numbers reveal not just a casual interest in images but a conscious and energetic effort to incorporate pictorial material into every book of the Historia General, not as mere decoration but as an integral feature.... The bias towards texts rather than images evident in the Florentine Codex understandably reflects Sahagún's European intellectual orientation. Yet his very method of soliciting information for the Primeros Memoriales reveals his recognition of the role of pictorial imagery in preserving and communicating aspects of indigenous culture. And the final form of the abundantly illustrated Florentine Codex acknowledges his continuing awareness of the expressive value of the visual element". Quiñones Keber, 1988:255-72, 272.
[14] HG, III, 13, 2 ; FC : III, 13, 35.
[15] Livre VIII, Chapitres 15 à 21.
[16] Telle que G. Baudot a tenté de la reconstruire. Baudot, 1977:180-182.
[17] Reconstruite aussi par G. Baudot, pp. 373-382.
[18] HG : II, Prol., 106
[19] HG : I, Ap., 77
[20] HG : I, Prol., 32
[21] HG : X, 28, 165 ; CF : X, 28, 79v.
[22] HG : I, Prol., 29
[23] HG : VIII, Prol., 281.
[24] HG : XI, 13, 358
[25] Molina, 1970.
[26] Cette partie du Prologue du livre II a été écrite vraisemblablement en 1570. On retrouve mot pour mot les deux premiers tiers du Prologue dans le "Breve Compendio de los ritos idolátricos de Nueva España" par Sahagún au pape Pie V en date du 20 Mai 1570. 1942:3-38 et 133-174.
[27] Colloque des Douze dans Duverger, 1987:95.
[28] On retrouve ces deux fonctions dans les définitions données par des généralistes de l'écriture. "L'écriture est un procédé dont on se sert actuellement pour immobiliser, pour fixer le langage articulé, fugitif par son essence même" (Février, James G.. 1984. p. 9) et "Ecriture : système de communication entre êtres au moyen de signes visibles conventionnels" (Gelb, 1973:278).
[29] HG : III, Ap. 8, 307 <> FC : III, Ap. 8, 67
[30] HG : IV, I, 319 <> FC : IV, I, 4 ; HG : V, 1, 16 <> FC : V, 1, 152
[31] HG : 16, 119 <> FC : VI, 16, 83 ; HG : VI, 17, 125 <> FC : VI, 17, 92 ; HG : VI, 20, 132 <> FC : VI, 19, 99 ; HG : VI, 31, 186 <> FC : VI, 31, 172 ; HG : VI, 42, 234 <> FC : VI, 42, 237
[32] HG : VIII, 14, 310 <> FC : VIII, 14, 42 ; HG : VIII, 17, 318 <> FC, VIII, 17, 55
[33] Par deux fois ce mot est absent et on trouve des expressions pas claires : amoxxotoca et ma chiotica.
[34] HG, X, 28, 157
[35] HG : VI, 21, 142 <> FC: VI, 21, 114
[36] HG : X, 12, 123 <> FC : X, 12, 42
[37] HG : I, 12, 52 <> FC : I, 12, 24 ; HG : III, Ap. 8, 307 <> FC : III, Ap. 8, 67 ; HG : IV, I, 319 <> FC : IV, I, 4 ; HG : V, 1, 16 <> FC : V, 1, 152 ; HG : VI, 36, 204 <> FC : VI, 36, 197 ; HG : VI, 36, 205 <> FC : VI, 36, 198
[38] HG : VI, 40, 215 <> FC : VI, 40, 215
[39] FC : VI, 43, 259
[40] HG : X, 1, 102 <> FC : X, 1, 5
[41] HG : II,27,180 <> FC : 27, 104 ; HG : IV, I, 319 <> FC : IV, I, 4 ; HG : X, 9, 117 <> FC : X, 9, 31 ; A ces citations il faut ajouter un grand nombre d'emplois qui figurent dans le livre IV.
[42] HG : III, Ap. 8, 307 <> FC : III, Ap. 8, 67
[43] HG : IV, Prol., 315 ; HG : IV, Ap., 369-70 ; HG : IV, Ap., 370 ; HG : IV, Ap., 374 ; HG : IV, Ap., 377 ; HG : VII, 13, 274 ; HG : IX, 3, 22 ; HG : X, 29, 187
[44] FC : VI, 43, 258 ; HG : VIII, 14, 310 <> FC : VIII, 14, 42
[45] HG, III, 13, 290 <> FC : III, 13, 35 ; HG : VI, 18, 130 <> FC : VI, 18, 97 ; HG : X, 29, 208 <> FC : X, 29, 190
[46] HG : IV, II, 320 <> FC : IV, 2, 7 ; HG : IV, 22, 349 <> FC : IV, 22, 82 ; HG : VIII, 14, 314 <> FC : VIII, 14, 45 ; HG : VIII, 17, 316 <> FC : VIII, 17, 51 ; HG : X, 8, 115 <> FC : X, 8, 28 ; HG : X, 29, 194 <> FC : X, 29, 176 ; HG : XI, 7, 321 <> FC : XI, 7, 181 ; CF : XI, 11, 217r <> FC : XI, 11, 239 ; HG : XI, 11, 343 <> FC : XI, 11, 242 ; CF : XI, 11, 220v <> FC : XI, 11, 244
[47] HG : I, 12, 52 et FC : I, 12, 24.
[48] FC : VI, 36, 198 et HG : VI, 36, 205.
[49] CF : IV, f. 79v, 82r-v. et CF : VII, f. 21v.
[50] HG : IV, Ap., 374
[51] HG : IV, Ap., 377
[52] HG : VII, 13, 273
[53] Ces pages étant un sommaire imagé ne sont pas foliotées. Elles sont situées juste avant le folio 1.
[54] CF : XI, f. 133v-134r.
[55] A l'exception du mot xanacochtli qui avait été écrit en haut de la page mais qui n'a pas été suivi d'un texte (Ce mot est absent de l'édition de Dibble et Anderson).
[56] Sahagún, Fray Bernardino de. 1905-1907. Voir, par exemple, les Memoriales con Escolios p. 210.
[57] On peut observer le même phénomène dans la traduction anglaise de Dibble et Anderson. Dans cette édition, pour respecter l'alignement des débuts de chapitre, des blancs ont été introduits entre les paragraphes nahuatl.
[58] HG : I, Prol., 32
[59] Cité par C. Dibble, Dibble, 1982:15.
[60] Cline, 1988:98.
[61] "Luego que venimos a esta tierra a plantar la fe, juntamos los muchachos en nuestras casas como esta dicho, y los començamos a enseñar, a leer, y escrevir, y cantar" CF : X, 28, 80r.